Notes :
 
La partie historique de la vie de Pierre est faite à partir des recherches effectuées en Vendée par Huguette des Abbayes, complétées par divers membres de sociétés historiques vendéennes en particulier mon ami Bertrand de Grimoüard et Christian Roux auteur d'un livre sur Landeronde. Il reste des zones d'ombre et certainement des inexactitudes, ce livre n'est pas un ouvrage d'historien mais un recueil de données et de documents trouvés ou retrouvés au hasard de mes recherches.
 
La partie généalogique repose :
Pour la partie ancienne sur des notes de Robert des Abbayes complétées par les travaux de Serge de L'Espinay et l'ouvrage de Michel Authier et Alain Galbrun sur "l'Etat de la noblesse française subsistante volume 25" ainsi que mes recherches personnelles.
Pour la partie moderne, sur l'aide précieuse, en particulier de Jacques des Abbayes, Hélène Portes, Nicole Morgand, Christian et Brigitte du Boug et le soutien de tous ceux qui m'ont écrit ou téléphoné pour réaliser une base généalogique la plus complète possible. Qu'ils soient remerciés, sans eux ce livre aurait été bien incomplet.
 
Toutes les corrections fournies ont été prises en compte. Les manques ou erreurs qui subsistent malgré l'envoi de nombreux courriers de ma part, feront l'objet d'une note additionnelle ou rectificative dès que j'aurais connaissance des modifications ou ajouts éventuels.
 
Ce qui m'importait était de rassembler quelques données sur mon arrière arrière grand-père pour construire les bases d'un futur ouvrage dont je laisse le soin des recherches complémentaires et de l'écriture aux enfants, des enfants de nos enfants ou à leurs descendants.
Tout n'est pas parfait, mais c'est en toute amitié familiale que j'ai écrit ces pages.
 
 
 
Le blason vendéen
 
Devise : "Utrisque Fidelis" (fidèle à l'un et à l'autre)
Couronne : fidèle au Roi
Croix : fidèle à Dieu
Le blason fut homologué par la Commission des Sceaux et Armoiries le 20 octobre 1943. La bordure rappelle l'appartenance de la Vendée à la province du Poitou, donnée en apanage par Saint Louis à son frère Alphonse de Poitiers qui portait dans ses armes : France (par son père) : fleur de Lys. / Castille (par sa mère) : tours fortifiées.
 
 
 
 
Le double cœur
 
Le double cœur est né de la fibule gallo-romaine, devenue l'affiquet du Moyen Âge, anneau circulaire qui s'orne de cœur dès le XIIIe siècle, en Poitou. À partir du XVIe, ce bijou va prendre la forme d'un cœur aplati avec une partie centrale évidée. Il peut s'agir d'un cœur unique ou de deux cœurs entrelacés. Au XVIIe, le Père Grignon de Montfort va implanter la dévotion au Sacré-cœur de Jésus et y adjoindre celle au cœur de Marie. Le double cœur va prendre une signification religieuse. Pendant les guerres de Vendée, les combattants arboraient un Sacré-cœur surmonté d'une croix ; dans plusieurs cas, il ne s'agit plus d'un cœur unique, mais de deux. La couronne d'épines est remplacée par la couronne royale, mais la croix reste.
Double symbole rappelant la double cause défendue :
Dieu et le Roi
L'autel et le trône.
 
 
 
En guise d’introduction
 
En octobre 1793, Pierre a 30 ans. Depuis six mois, plus de cent mille hommes sont engagés dans la plus grande guerre civile que la France ait jamais connue.
 
D'un côté, contre la Révolution : des paysans, des hobereaux, des prêtres, ont pris le drapeau blanc du Roi pour emblème ; ils portent le nom de Blancs et ont comme pays la Vendée.
 
De toute la France, pour combattre ces "brigands", des Républicains affluent, vêtus d'un uniforme bleu qui leur sert de signe de ralliement.
 
En 1793 du printemps à l'été, les Blancs se sont affirmés par une série de victoires miraculeuses; ils ont su défier des milliers de Bleus, mais aujourd'hui, 17 octobre, ils savent qu'un ultime combat doit décider de leur sort. Le jour se lève sur la lande déserte de Bégrolle. Ils sont aux portes de Cholet. De nombreux généraux vendéens sont là avec sous leurs ordres 40.000 hommes bien décidés à se battre. Ils savent qu'aujourd'hui, Il leur faudra vaincre ou mourir.
 
Depuis la veille au soir, ces Blancs sont cernés de toutes parts par les trois armées républicaines. Il faudra beaucoup de témérité ou d'inconscience pour qu'à l'heure prévue, Bonchamps ordonne l'attaque.
 
Très vite, les Bleus rompent les lignes des armées vendéennes qui arrivent à se reformer, puis à se rompre à nouveau et tentent sans cesse de se rallier avec désespoir. Il faut se rendre à l'évidence, c'est la défaite et la déroute de l'armée vendéenne toute entière. Pour les chefs, ce sont des blessures à mort : un coup de feu dans le ventre pour D'Elbée, une balle dans la poitrine pour Bonchamps.
Un cri fatal retentit dans les rangs : "À la Loire ! À la Loire"
 
Désastreuse journée ! Lescure, D'Elbée, Bonchamps, sont tous trois blessés et mourants. L'armée est vaincue, des milliers de paysans sont chassés par le fer et le feu républicain. On eut dit le convoi funèbre de la Vendée, mené à la tombe par les derniers Vendéens. Bonchamps ouvre ce triste défilé porté sur son lit de douleur.
On arrive ainsi, le 18, au bord de la Loire, à Saint-Florent. Cinq mille prisonniers républicains, des plus féroces et des plus exécrés, viennent d'arriver de Cholet.
Que faire de ces ennemis de la Vendée, dont beaucoup sont encore tout couverts de sang de leurs victimes ? "mort aux Bleus, mort aux Bleus" crient les paysans en se ruant vers l'église où sont enfermés les Républicains.
 
Ces clameurs réveillent Bonchamps, évanoui sur le sol. "Qu'est-ce là ?" demande-t-il. Ses officiers lui font le récit rapide de la situation et du sort prévisible des prisonniers. "Mes amis, vous m'avez toujours obéi. Grâce aux prisonniers ! Que je ne meure pas sans être assuré de leur vie!"
 
Un vendéen s'élance, et par un roulement de tambour annonce l'ordre de Bonchamps. "Bonchamps le veut, Bonchamps l'ordonne" c'est le dernier cri du héros, le cri de grâce qui vole de bouche en bouche. Cette supplique arrive aux bourreaux qui étaient prêts à frapper. Les armes leur tombent des mains, et des pleurs d'attendrissement remplacent les cris de rage.
 
Ainsi la Vendée a montré qu'elle sait pardonner à ses ennemis.
 
 
 
De l’enfance à l'âge de 17 ans
 
Le 17 mars 1763 arrivait sur notre terre à Landeronde Pierre Nicollon ; cette date est souvent confondue avec celle de son baptême, le 27 mars de la même année.
Autour de son berceau, quatre personnes admirent le nouveau-né, son père Jean-François Nicollon dit de L'Aumondière (1710-1794) et son épouse Henriette Françoise Marie Mercier de la Noue* (1731-1781) ainsi que son parrain Pierre Aymon de Lansonnière (époux de sa tante Suzanne Henriette), et sa marraine Marie Anne Dupont de Plantibault.
 
Tenus à l'écart du bébé, ses trois jeunes sœurs et son frère jouent tumultueusement dans la cour de la ferme de Rochette-Milsens. Henriette âgée de cinq ans et demi, Suzanne trois ans, Antoinette deux ans, François Basile âgé de quatre ans. Ce dernier malheureusement mourra cinq mois plus tard le 29 août 1763. Certaines notes parlent aussi d’une autre sœur née en 1761 et morte vers 1764, mais sur elle nous n'avons aucune certitude et ne connaissons même pas son prénom. La famille ne cesse de s'agrandir. Un an plus tard, le 25 septembre 1764, naît un petit frère : Jean-Joseph puis arriveront encore trois sœurs cadettes : Eléonore née en 1770 qui dut mourir jeune, Marie-Thérèse née en 1772 et Françoise Claire née en 1776.
 
* Henriette Françoise Marie Mercier de la Noue, dame des Abbayes, était la cousine germaine de Jean-François ; ils se marièrent le 15 février 1757 après avoir obtenu une dispense du Pape (fille de Gilles, seigneur de la Noue Perray † 5 avril 1746 et de Marie Jacquette Charlotte Abeillard.)
 
 
 
Maison de La Rochette - Milsens
 
Toute cette famille vécut dans la maison de la Rochette-Milsens, construite vers 1700, soit par le grand-père de Pierre : Basile Nicollon de La Grange époux de Suzanne Mercier, soit cette maison serait l'œuvre de la famille Mercier de la Noue, installée dans cette région depuis plus longtemps.
 
À propos de cette maison de Rochette Milsens, on lit dans d'Hozier, Armorial général du Poitou : "de La Grange Nicollon, noblesse bourgeoise de Landeronde. d'argent, à une maison de gueules et un chef de sable". " C'est une grande maison à toit d'ardoise. La lumière et le soleil y entrent par de nombreuses fenêtres. Des feux de bois brûlent gaiement dans toutes les chambres. Un grand jardin et verger clos de murs s'étendent derrière la maison. Au-devant, la borderie et son bétail sont très proches. Il y a de nombreux bâtiments annexes : "écuries, granges, toiteries, boulangeries et autres ménageries. Cette maison est une maison noble. Il y a aussi un bosquet et un étang". C'est aussi un site très anciennement habité, on y aurait décelé, vers 1900, des thermes gallo-romains." (extraits de notes non référencées). La Rochette, du latin Rocca qui reçut dès le XVIII° siècle le sens de forteresse. La Rochette désignait "le petit château" dont l'assiette n'était pas précisément une roche.Cette maison est située au S.O. de Landeronde, en limite de Sainte-Flaive.
 
La Rochette sera vendue en 1907 par Henri Roger Louis Anatole Nicollon des Abbayes et sa mère Henriette Mariteau, à François Goulpeau et Rosalie Martineau son épouse. Cette vente comprenait des extensions sur les communes de Saint Georges de Pointindoux et de Sainte Flaive des Loups qui comprenaient :
deux métairies, l'une exploitée par colon Rocard et l'autre par colon Fort,
une maison de maître avec servitudes jardins potager et d'agrément
un pré dit de l'Aumondière,
le tout d'une contenance non garantie de 52 hectares 26 ares et 2 centiares.
 
 
 
1780, Pierre entre comme Garde du Corps dans l'Armée Royale.
 
En 1780, Pierre a dix-sept ans, de constitution solide et voulant servir le Roi, il entre comme "garde du corps" dans l’Armée Royale.
 
Une note manuscrite de Robert Nicollon des Abbayes précise : " L'origine des gardes du corps remonte en 1192, sous Philippe Auguste. Les places de gardes du corps devinrent rapidement vénales car pour y être admis, il fallait faire preuve de 200 ans de noblesse, de trois ans de service comme major dans la cavalerie et faire profession de religion catholique.
 
Trois sortes de travaux : service de cour, de quartier et de guerre.
 
Déjà à l'époque mérovingienne, beaucoup de leudes vivaient près du Roi et étaient désignés sous le nom de ministeriales dominici regis. Quelques-uns avaient des fonctions précises qui deviendront plus tard les grandes charges de la Cour par exemple les Maires du Palais.
 
Ce fut seulement au XVII siècle que la Maison du Roi fut définitivement constituée. Elle se divise en maison civile et maison militaire. La maison militaire était la réunion de corps d'élite : Gardes du Corps, Cent Suisses, Gardes de la Porte, Gendarmes Chevau-légers, Mousquetaires, Grenadiers à Cheval, Gardes françaises, Gardes Suisses.
 
 
 
1781, Pierre Nicollon prend le nom de "Nicollon des Abbayes ".
 
 L'année suivante 1781, Pierre a dix-huit ans, cette année est bien sombre, car en juin, il perd sa mère Henriette âgée de seulement cinquante ans.
 
C'est à partir de cette époque peut être à la suite de partages, que Pierre prit le nom de "des Abbayes", tandis que son jeune frère Jean-Joseph portera, le nom de "l'Aumondière".
 
Ces noms correspondent à des terres de Landeronde appartenant aux Nicollon.
On retrouve le nom de "des Abbayes" écrit sous différentes formes : desabbayes, Desabayes, Des abbayes ; le nom de Nicollon avec un ou deux l et celui de l'Aumondière comme Lomondière, Aumondière, Laumondière.
Dans cet ouvrage, je n'ai gardé que la forme écrite moderne de Nicollon, des Abbayes et de l'Aumondière.
 
 
 
1/ Nicollon
La famille Nicollon serait issue d'une branche d'une famille noble originaire de Bretagne, venue en Bas Poitou au XVI° siècle et s'étant établie à la fin du XVII dans le bocage à Landeronde.
Je n'ai sur cette période, que des pistes, des Nicollon sans lien entre eux, qui sont peut-être les ancêtres de la famille.
La liaison entre les Nicollon de Bretagne et de Vendée reste à faire.
De même il existe aujourd'hui plusieurs Nicollon ou Nicolon dont les liens avec notre famille ne sont pas non plus établis. (voilà un travail restant à faire pour nos enfants ! )
 
2/ des Abbayes
 
 
Il existe une ferme dite "Les Abbayes" qui est encore maintenant une grande ferme du marais de Beauvoir dont les bâtiments plus allongés que ceux des fermes voisines laissent supposer qu'il y eut bien là jadis un "petit hôtel et maison noble".
On y parvient en prenant un petit chemin en sortant de Beauvoir, sur la route qui va à Fromentine. Cette ferme avait avant la Révolution, droit de basse justice comme fief dépendant de l'abbaye de Notre Dame du Breuil Herbault. L’abbaye de N.D. du Breuil-Herbault est située sur la commune de Falleron à peu près à mi-chemin de Falleron et de Grand’Landes ; il en subsiste quelques ruines, et les Archives de la Vendée conservent de cette justice seigneuriale au XVIII° siècle, des traces, reproduites ci-après qui précisent le passage de la famille Nicollon dans cette ferme de Beauvoir.
 
L’inventaire de cette abbaye signale notamment aux rubriques :
 
 
 
Le 5 décembre 1781, Jean-François Nicollon, sieur de l'Aumondière licencié es lois au nom et comme loyal administrateur de noble homme Pierre Nicollon son fils aîné et de feue dame Henriette Françoise Marie Mercier son épouse a requis être reçu aux fois et hommage plein qu'il doit à messire François Louis de La Rochefoucault Bayers du Puy Rousseau abbé commendataire de ladite abbaye de Breuil-Herbaut et accause d'icelle pour des raisons de l'hôtel et maison noble des Abbayes paroisse de Beauvoir sur Mer. Pierre perd le titre et l'hôtel maison noble des Abbayes au décès de sa mère, qui revient à Guy Rousseau, vicaire général de Beauvoir et abbé commendataire de l'abbaye de Breuil-Herbaut selon la coutume qui date de François Louis de La Rochefoucault Rochefoucault.
 
3/ "L'Aumondière"
 
On ne comprend pas pourquoi Pierre sera anoblit sous le nom de Nicollon de Laumondière ?

La maison portant le nom de Aumondière se trouve au sud est de la commune de Beaulieu sous la Roche. Jean-Joseph portera ce nom. Nous n'avons pas de traces de la descendance de Jean-Joseph.

L'Aumondière : Fief vassal de Brandois (Sainte Flaive des Loups). En 1701, Basile Nicollon originaire du pays nantais et seigneur de la Grange y réside.
 
 
 
Pierre devient gendarme à la compagnie de la Reine.
 
 
En mars 1784, à vingt et un ans, Pierre Nicollon des Abbayes entre dans la Gendarmerie, à la Compagnie de la Reine comme maréchal des logis. Pierre restera dans ce corps jusqu'en 1788, date à laquelle ce corps aurait été licencié en même temps que la Maison du Roi. À cette date, il retourne en Vendée puis part à Nantes comme officier de Gendarmerie dans la Compagnie Rouge.
 
Notes sur la Gendarmerie :
La gendarmerie de l ‘époque n’est pas celle d’aujourd’hui ; elle était un corps de la Maison du Roi, un corps de garde. Elle a évolué durant son existence et fut très certainement un corps très aristocratique. Le grade de maréchal des logis devait correspondre, dans la lignée des commandements, à une lieutenance actuelle.
Le mot "gendarme" désignait au Moyen Âge les gentilshommes qui n'étaient pas chevaliers à bannière ou pennon. Il fut donné par Charles VII à ceux qui concoururent à former les compagnies d'ordonnance. Les gendarmes représentaient la grosse cavalerie, combattant toujours avec l'armure complète.
Sous Louis XIII, on désignait sous le nom de gendarmerie différents corps de troupe de police qui par l'intermédiaire des prévôts et grands prévôts des provinces relevaient des maréchaussées de France ; d'où leur nom de "gendarmerie des maréchaux" puis de "gendarmerie de la maréchaussée" et par abréviation de "maréchaussée". L'assemblée Constituante créa le 22 décembre 1790, la Gendarmerie Nationale". Ce sont plus de 7000 hommes qui seront chargés d'assurer l'ordre et la sécurité.
 
Gendarmes du Roi :
On appelait "Gendarmes du Roi", les gentilshommes de la compagnie créée en 1609 sous le nom de Compagnie des Gendarmes de la Garde Ordinaire du Roi, qui prirent à l'avènement de Louis XIII le titre de Gendarmes de la Garde. Cette compagnie faisait partie de la Maison du Roi et marchait après les quatre compagnies des Gardes du Corps. Elle avait le Roi comme capitaine et deux commandants qui portaient le titre de capitaine-lieutenant. Supprimée une première fois avec la Maison du Roi en 1788, elle apparut à nouveau en 1814 lors du rétablissement de cette Maison et devint l'une des quatre Compagnies Rouges. Elle fut supprimée définitivement au retour de Napoléon I en 1815.
 
 
 
De 1789 à 1791 Pierre et son frère sont à Nantes
 
De juin 1789 à mars 1791, en pleine Révolution, nous retrouvons les traces du passage de Pierre et de Jean-Joseph à Nantes grâce à des factures d'un tailleur nommé Métayer. En effet celui-ci en réclamera plus tard le paiement directement à la République au moment où les biens des deux frères seront confisqués.
Nous pensons que Pierre était à Nantes officier dans la compagnie Rouge de la Gendarmerie, mais n'avons pas d'informations sur les activités de Jean-Joseph.
En 1791 les deux frères quittent Nantes, et retournent en Vendée.
 
 
 
La France entre 1789 et 1791
 
En 1789, les caisses du royaume sont vides, il faut réformer les impôts et imposer la Noblesse. Poussé par les parlements de province et l'opinion publique, le Roi convoque les Etats Généraux à Versailles.
Le 4 mai 1789, eut lieu la séance d'ouverture dans un climat tendu où le principe de la monarchie absolue était menacé. Les nobles, les bourgeois et le clergé voulaient limiter les pouvoirs du Roi, chacun pensant utiliser les autres pour bénéficier de plus de liberté.
Le 17 juin 1789, sur proposition de l'abbé Sieyès, le Tiers (avec quelques prêtres) se proclame Assemblée Nationale, menace le Roi de la grève des impôts et invite les nobles et le clergé à se joindre à eux. Ces derniers refusent et le Roi veut empêcher les réunions de cette nouvelle assemblée, en leur interdisant militairement l'accès aux salles habituelles de travail des Menus à Versailles. Le Tiers se réunit alors dans la salle du Jeu de Paume.
Le 20 juin par le Serment du Jeu de Paume, cette Assemblée se déclare indissoluble. Évêques et nobles demandent au Roi d'intervenir.
Le 23 juin, Louis XVI "casse et annule" les décisions de l'Assemblée et leur impose de recommencer à travailler ensemble.
Le 9 juillet sous la contrainte, l'Assemblée commence à rédiger une nouvelle constitution et se prend le nom de "Constituante".
Le Roi ne pouvant plus compter sur les troupes françaises, fait appel aux troupes suisses et allemandes. Le peuple craint que ces soldats soient utilisés pour détruire la Constituante et massacrer les patriotes parisiens (la Révolution grondait déjà et le peuple commençait à s'armer.) Il est rejoint par les gardes françaises. La milice parisienne s'organise contre les mercenaires étrangers qui prennent place entre Paris et Versailles, isolant ainsi la Constituante. Des barricades se montent et le 14 juillet c'est la Prise de la Bastille pour s'emparer des armes et des canons.
Le 15 juillet 1789 : début de l'émigration du Comte d'Artois (frère du Roi) et des Princes de condé. Le Roi qui était à Versailles venait de perdre Paris. Il fut obligé de remettre le sort du pays entre les mains de la Constituante et de renvoyer les troupes étrangères.
Dans les campagnes, l'insurrection gagnait, c'est la "Grande Peur".
Des milices se formaient contre les nobles et c'est sous la pression de ces évènements et des jacqueries qui dégénéraient en massacres, que l'Assemblée dans la nuit du 4 août 1789 se réunit et abolit les privilèges.
L'Assemblée approuve en août la "Déclaration des droits de l'homme".
Le Roi ne s'associa pas à l'œuvre de l'Assemblée. Il fallait un nouveau soulèvement pour l'y contraindre. C'est le Roi qui le provoqua !
Nous sommes en période de forte disette, le Roi prétextant des émeutes devant les boulangeries, fit venir un régiment à Versailles. Lors du banquet offert aux officiers, aucun toast ne fut porté à la nation et la cocarde bleu blanc rouge fut foulée aux pieds.
Le peuple apprenant cette nouvelle décide de marcher sur Versailles et de ramener le Roi à Paris. Le 6 octobre, le Roi s'installa aux Tuileries, l'Assemblée vint aussi s'installer à Paris.
La Révolution semblait terminée : la révolte des nobles avait contraint le Roi à convoquer les Etats Généraux ; puis la bourgeoisie avait essayé de dominer cette assemblée en créant l'Assemblée Nationale Constituante, ensuite le peuple s'était révolté et avait conquis les municipalités, enfin l'insurrection paysanne avait retiré aux nobles la suprématie dans les campagnes.
Après le vote de la constitution civile du clergé, en novembre 1790, tous les prêtres doivent prêter le serment civil comme des fonctionnaires.
Janvier 1791: les prêtres qui n'ont pas prêté serment sont considérés comme démissionnaires, c'est l'origine des prêtres réfractaires.
Juin 1791: la famille royale s'échappe des Tuileries, Louis XVI reconnu à Sainte-Menehould par le maître de poste Drouet qui donne l'alerte est arrêté à Varennes par le procureur de la commune.
Le 25 juin 1791, Pierre est présent à la Proutière
Le 17 juillet 1791, sous l'impulsion du Club des Cordeliers, une pétition demandant la déchéance du Roi est déposée au Champ de mars (6.000 signatures).
Le 14 septembre 1791le Roi accepte la Constitution. Élections législatives. En octobre, réunion de la première Assemblée Législative.
Durant cette période, l'émigration continua massivement, le Comte de Provence se déclare à Coblence, Régent pendant la "captivité de Louis XVI.
 
 
 
Juin 1791 : L’affaire de la Proutière
 
Dès le début de la Révolution, Pierre Nicollon des Abbayes prit parti contre les idées révolutionnaires nouvelles et manifesta ses sentiments de fidélité, à la religion et au Roi. L’arrestation du Roi avait été annoncée aux administrations du département de la Vendée le 25 juin 1791. Il semble que les nobles de Vendée par des complicités que nous ne connaissons pas, furent mis au courant de la fuite du Roi. Aussitôt ils se préparèrent à organiser une insurrection dans l'hypothèse où le Roi aurait pu se réfugier dans l’armée de Bouille.
 
Un complot est fomenté lors d'un rassemblement de gentilshommes au château de La Proutière sur la commune de Poiroux, chez le Comte de Lézardière.
Pierre Nicollon des Abbayes est convié à cette réunion et se fait accompagner par son frère Jean-Joseph Nicollon de l'Aumondière. Il semble que les Nicollon ne soient pas à cette époque ni parents ni amis des Lézardière, et Pierre dira plus tard lors un interrogatoire que son seul lien avec cette famille fut à plusieurs reprises d’avoir chassé avec eux. Pierre Nicollon des Abbayes connaissait seulement quelques-uns des hommes rassemblés en particulier les Masson qui étaient ses cousins.
 
À cette réunion contre-révolutionnaire des 26, 27 et 28 juin 1791, les conspirateurs armés conçoivent un plan pour sauver l’ancienne monarchie.
Mais le complot est découvert et des troupes révolutionnaires reçoivent l'ordre d'avancer vers le château, d'y arrêter les participants et de les emprisonner.
On retrouve une description de cet événement, dans la déclaration d’un prisonnier : "Un groupe de nobles était réuni à la Proutière. Le représentant du district leur demande de mettre bas les armes. Sur leur refus, le lieutenant Laverand s’avance contre eux avec 564 hommes. Les occupants évacuent le château avant l'assaut."
 
Une enquête est ouverte, et on peut lire dans le rapport : "Parmi les gentilshommes présents, il y avait …de Lézardière, de Loynes, de L'Aumondière, des Abbayes, … Ceux-ci après avoir évacué le château essayèrent de marcher sur les Sables qu’ils croyaient dégarnis de troupes mais, en cours de route, ils y renoncèrent apprenant que des renforts républicains étaient arrivés…" Le 28 juin, l’insurrection est dispersée, plusieurs participants sont arrêtés, le château de la Proutière est pillé et incendié.
 
La vie pour Pierre et sa famille va devenir de plus en plus difficile ; les conspirateurs (nobles et prêtres) compromis sont traqués et certains dont Pierre Nicollon des Abbayes et son frère Jean-Joseph tentent d’échapper aux "Bleus" et d’émigrer par la mer vers les Iles anglaises. La fuite est organisée par une cousine des Nicollon : Céleste Lefebvre, veuve Lebreton.
 
 
 
Fuite sur le bateau "La Mignonne"
 
En juillet 1791, Céleste Lefebvre, affrète une barque chargée de sel portant le nom de "La Mignonne". Prennent place à bord : Pierre et Jean-Joseph, Baudry de la Burcerie, Charles-Théodore Gazeau, Marie désiré Gazeau, Charles Masson de la Renaudière et son frère Gabriel Masson, Deshommes dit d'Archiais, L.B. Robin des Burondières. La chaloupe longe les côtes de la Vendée et s’arrête en rade du détroit de Fromentine en vue de Noirmoutier où ils décident d'attendre le lendemain pour partir à destination des îles de Jersey et Guernesey.
Mais les Républicains surveillent le littoral et dans la nuit du 29 au 30 juillet 1791, ils repèrent le bateau. Le 30 juillet au petit matin l'assaut de la barque fut ordonné à la Garde Nationale de Barbâtre ; tous les occupants furent surpris et arrêtés à bord de "La Mignonne". Les prisonniers furent transférés aux Sables d’Olonne où s'instruisait l'affaire de la Proutière et enfermés le 3 août 1791 à la maison d’arrêt de la Coupe.
 
 
 
Interrogatoires
 
Le 5 août : premier interrogatoire
Le 9 août, requête collective de mise en liberté des deux frères Nicollon.
Le 22 août, ordonnance de mise en liberté (provisoire) des deux frères Nicollon. Pierre reste soumis à surveillance.
Les 30 et 31 août, deuxième interrogatoire des deux frères Nicollon.
Un acte d'accusation est rédigé contre eux et l'ordre est donné de constituer un jury. Ce jury met du temps à se mettre en place, et comme il n'avait pas encore été totalement constitué le 15 septembre, date de l'amnistie générale prononcée par la Constituante, les accusés détenus au nombre de 36, furent tous relâchés le 26 septembre. Pierre libéré, émigrera et s’engagera aussitôt dans l'Armée Royaliste du Prince de Condé.
 
Revenons plus en détail sur cet épisode :
Les deux frères étaient "accusés d'avoir, avec plusieurs autres, formé le dimanche 26 juin dernier dans le ci-devant château de la Proutière, Paroisse de Poiroux, un attroupement armé avec des intentions hostiles afin d'exécuter le projet médité d'une contre-révolution et l'incendie de l'hôtel de l'administration du district et de la ville des Sables".
Déjà les enquêteurs (comme plus tard certains historiens) cherchent à établir un lien entre ce rassemblement et la fuite du Roi (arrêté à Varennes le 20 juin). Ils semblent soupçonner un plan d'action général et concerté.
On demande à Pierre (interrogatoire du 31 août) s'il assista à la messe le dimanche 26 juin et en quel lieu: "a dit qu'il assista à la messe de Landeronde "
Interrogé s'il était alors instruit de la fuite du Roy: "a dit que oui. "
Interrogé d'où il tenait cette nouvelle: "a dit qu'il l'apprit le samedi au soir sur un décret de l'Assemblée nationale, qui fut envoyé dans les municipalités. "
Interrogé si dès le samedi il n'a pas eu connaissance d'un attroupement projeté à la Proutière: "a dit que ce n'est que le dimanche vers midi qu'il fut instruit qu'il se faisait un rassemblement à la Proutière. "
Interrogé ensuite sur les motifs du rassemblement, Pierre affirme : "n'y avoir vu aucun projet de sédition, mais le désir légitime de défendre la Proutière et ses habitants menacés par une troupe assemblée à Avrillé."
Dans la suite de l'interrogatoire, on demande à Pierre s'il n'a pas entendu à la Proutière dans la matinée du mardi un grand cri de vive le Roy qui annonçait que la fuite du Roy était la seule cause de rassemblement.
Pierre répond : "Qu'il n'a point entendu ce bruit, qu'il pouvait si peu être proféré en signe de réjouissance de la fuite du Roy que dès le lundi, l'accusé annonça au sieur Robert (de Lézardière je suppose) qu'on lui avait marqué des Sables que le Roy était arrêté."
Les réponses de Jean-Joseph ne sont pas identiques :
Il dit "qu'il croit avoir appris la nouvelle de l'évasion du Roy le 28 ou le 29 juin, qu'il apprit en même temps son arrestation, et qu'il apprit ces nouvelles à son domicile."
Peu après il affirme : "n'avoir su qu'à la Proutière l'évasion et l'arrestation du Roi."
À la fin de l'interrogatoire, il observe, "Qu'il se rappelle en ce moment qu'il s'est glissé une contradiction dans la rédaction de ses réponses où il a dit que la nouvelle de la fuite du Roy lui est parvenue chez lui, tandis que dans un autre endroit, il paraît dire que cette nouvelle lui est parvenue à la Proutière, et en se reprenant il déclare qu'en partant pour la Proutière il ignorait la fuite du Roy et qu'il ne l'a appris ainsi que son arrestation qu'après être arrivé à la Proutière."
En ce qui concerne l'importance numérique du rassemblement et les détails de son organisation, de l'interrogatoire, il ressort qu'environ cent vingt personnes étaient rassemblées dont trente étaient armées de fusils, les autres de fourches et de bâtons (ce qui recoupe la déposition du sieur Jacques Soindre, écrivain à la Proutière, du 1er juillet 1791) ; " Le nombre des maîtres était d'environ 25 à 30..."
 
Notes: Mon ami, Bertrand de Grimoüard m’indique dans une lettre, partie de Sainte Cécile en Vendée le 9 février 2000, le texte suivant : " La Proutière des Lézardière se situe au Poiroux, c'est-à-dire à 20 kilomètres des Clouzeaux.
Mon aïeul Gabriel Baudry de la Vesquière (cousin germain du Baudry de la Bucerie qui est cité), participa également à cette affaire. Arrêté et interrogé, il fit le 3 juillet une déclaration au district où il cite le sieur de l’Aumondière parmi les personnes présentes en armes à la Proutière (déclaration reproduite p 438, tome 1 de Chassin). Ayant bénéficié de l’amnistie du 15 septembre, Gabriel Baudry de la Vesquière, n’émigra pas et fut guillotiné aux Sables le 26 avril 1793 pour avoir fait sonner le tocsin à Longeville lors de l’insurrection.
 
De nos jours, on ne retient plus de l’affaire de la Proutière que la seule version "patriote" du complot nobiliaire lié à la fuite de Varennes ; pourtant les Lézardière ont déclaré à l’époque : " Les hommes réunis n’avaient jamais eu aucune intention hostile…ils étaient là pour défendre chèrement leur vie, si l’on prétendait les y forcer…ils demandaient qu’on leur laissât leurs armes parce que leur vie était menacée de toutes parts et que la crainte d’être massacrés était le motif qui les avait fait se rassembler."
 
Le directoire départemental de la Vendée, beaucoup moins exalté que celui du district des Sables et que le maire Gaudin, envoya des commissaires qui tentèrent de remettre les choses au point : " La démarche imprudente, peut-être coupable, d'un certain nombre de ci-devant noble a semé le désordre, l’inquiétude et l’anarchie dans ce district…nous avions été témoins de la prodigieuse exaltation d’une partie des gardes nationaux et soldats ; nous savions qu’on avait menacé de brûler encore plusieurs châteaux, que plusieurs avaient été insultés, et l’exemple de ce qui s’était passé la veille nous fit observer à messieurs du district qu’ils pouvaient résulter les suites les plus cruelles d’une mesure qui nous paraissait au moins inutile et seulement propre à augmenter l’agitation des esprits, déjà trop alarmante."
 
Points de détail  communiqué aussi par Monsieur Bertrand de Grimoüard : À l'époque Robert de Lézardière habitait soit au Poiroux, soit à la Verrie près de Challans, plus qu’au petit manoir de Lézardière (sur Saint-Georges de Pointindoux) un peu abandonné. La distance entre Lézardière et La Rochette en Landeronde doit être inférieure à 5 km. Par ailleurs le Dr Julien Rousseau, dans un livre sur Beauvoir, p.290, précise que le fermier des Abbayes, Jacques Pinchard, fut mêlé au projet d’émigration par "La Mignonne" et que le prix du passage était fixé à 600 l." 
 
 

Confusions des noms

 
Nous verrons tout au long de ce récit qu'il y a de nombreuses confusions entre Pierre Nicollon des Abbayes et Jean-Joseph Nicollon de l'Aumondière, ces confusions conduiront même Pierre à se faire anoblir en 1815 sous le nom de Nicollon de L'Aumondière.
 
 
 
Septembre 1791 Pierre émigre et s'engage dans l'Armée Royaliste du Prince de Condé
 
 Dès le lendemain de la prise de la Bastille des Français hostiles à la Révolution émigrèrent pour aller chercher refuge à l'étranger, en Angleterre, en Sardaigne, en Hollande, en Russie mais surtout dans les principautés rhénanes. L'émigration se composa surtout de nobles et de prêtres qui fidèles aux décisions pontificales refusaient de prêter serment à la Constitution civile du clergé. Parmi eux se trouvaient les princes de la famille royale, le Comte de Provence (futur Louis XVIII), le Comte d'Artois (futur Charles X), le Prince de Condé, le Duc et la Duchesse de Polignac, les maréchaux de Broglie et de Castrie, etc.
 
Les émigrés établirent leur quartier général à Coblence, s'efforcent d'obtenir des cours européennes une intervention contre la Révolution et organisent des corps d'armée, sous les ordres du Prince de Condé, qui prendront part aux cotés des alliés aux campagnes 1792 - 1794.
 
Le 14 octobre 1791, Louis XVI supplie les émigrés de rentrer en France.
Le 31 octobre 1791 un décret menace le Comte de Provence de perdre ses droits éventuels s'il n'est pas de retour dans les deux mois.
Début 1792, il devint évident que l'Autriche se préparait à intervenir militairement en France, cette dernière lui déclara la guerre en avril. La Prusse se joignait aussitôt à l'Autriche et aux armées des émigrés.
 
Louis XVI pensait que cette guerre lui permettrait d'être restauré dans ses droits et qu'il serait la seule providence possible en face des défaites prévisibles de l'armée française, mal préparée et qui serait certainement repoussée rapidement.Le Duc de Brunswick qui était informé d'un complot contre le Roi de la part de Danton, envoya un manifeste au peuple de Paris l'informant qu'il détruirait la ville s'il attaquait les Tuileries et s'en prenait à la sécurité de la famille royale. Ce manifeste fut accueilli par le Français comme un outrage et la preuve qu'il existait un accord secret entre Louis XVI et les souverains de Prusse et d'Autriche. La victoire française paraissait impossible tant qu'un traître serait sur le trône. Le 10 août 1792, c'est la prise de Tuileries, le Roi est suspendu. Le 2 septembre Verdun tombe devant les assauts autrichiens, la route de Paris est ouverte à l'ennemi, la patrie est déclarée en danger.
 
 
 
La Révolution réagit contre les émigrés
 
La Révolution prit des mesures rigoureuses contre les émigrés, elle décida:
La confiscation et la vente de leurs biens (2 septembre 1792),
L'exécution de tout émigré pris les armes à la main (9 octobre 1792),
Le bannissement à perpétuité des émigrés,
La peine de mort pour ceux qui repasseraient la frontière.
On dressa et l'on imprima une liste générale des émigrés qui comprenait plus de 30.000 noms, il était défendu, sous peine de mort, de leur faire passer des secours et même correspondre avec eux.
 
Le 10 septembre 1792, c'est la victoire de Valmy, contre toute attente, les forces révolutionnaires de Dumouriez et de Kellermann, repoussent les Prussiens et les contraignent à battre en retraite. L'Assemblée décida que le Roi serait jugé par elle. Le procès se déroula du 11 décembre 1792au 20 janvier 1793 et le Roi déclaré coupable fut condamné à mort. Le 21 janvier 1793, il fut guillotiné sur l'actuelle place de la Concorde. Les souverains européens furent très impressionnés par l'exécution du Roi et les victoires révolutionnaires de Belgique et sur le Rhin. En outre le gouvernement français proposait son appui à tous les peuples désirant combattre pour leur liberté. La Révolution française menaçait de s'étendre à toute l'Europe. Le 30 janvier 1793, l'Angleterre et les autres puissances européennes, s'unirent pour écraser la Révolution et placer un autre roi sur le trône de France, le 1er février, la France lui déclare la guerre.
 
 
 
Pierre à la Compagnie de Flandre
 
Soldat héroïque, Pierre Nicollon des Abbayes fit toute la campagne de France de 1792 à 1794 dans les rangs des émigrés contre les troupes révolutionnaires, dans le corps de la Gendarmerie recréée sous la dénomination "d'hommes d'armes à cheval"; Pierre se trouvait être dans ce corps "Premier Ancien de la Compagnie de Flandre".
 
 
 
Extraits de la vie de Landeronde
Par Christian Roux
1791
La Route des Sables d'Olonne à Saumur qui passe au sud de la commune possède 1/3 de chaussée empierrée et les deux autres sont en terrain naturel simplement ouvert par des fossés. Cette année-là, les habitants commencent une résistance passive au district : Refus de constituer la municipalité, refus de fournir les hommes aptes à servir l'armée. La constitution civile du clergé ainsi que la vente des biens nationaux ne fera qu'augmenter cette tension.
Le lundi 7 février, le maire Mercier démissionne car son épouse est alitée depuis six mois, sans donner aucun espoir de guérison et ne lui permet plus de vaquer avec soin aux affaires de la paroisse. Les autres officiers municipaux veulent démissionner aussi, sans aucune raison.
Le lundi 11 juillet, le curé Voisin envoie une requête au Directoire.
Le vendredi 19 août, en réponse à la lettre de démission de Mercier maire, Marie-Joseph Nicollon, président du district des Sables, précise que si l'organisation municipale reste incomplète, le département ne manquera pas de réunir Landeronde à une commune voisine, la privant ainsi de fixer sa part d'impôt de la contribution foncière.
Le samedi 10 septembre, Landeronde et la Chapelle-Hermier sont trop "inbuer de sistence" (imprégnés de mauvaises idées) pour imposer l'ordre d'établir de nouvelles lois. Le 30 octobre, Mercier est nommé receveur du rôle d'acompte de la paroisse.
Le 20 novembre, Jean-François Nicollon maire, et les officiers municipaux veulent arrêter leur mandat.
 
1792
En début d'année plusieurs tentatives sont faites pour faire revenir les démissionnaires sur leurs décisions. Le 24 mars, il n'y a plus de municipalité.
Un plan de suppression de cette paroisse est établi dans le but de contenir le "fanatisme et rétablir la tranquillité."
"La paroisse de Landeronde sera supprimée et réunie, partie à celle de Beaulieu, partie à celle de Sainte Flavie des Loups". Plusieurs prêtres réfractaires sont obligés de s'exiler.
 
1793
Le dimanche 24 février, la Convention décide une levée de 300.000 hommes constituée de "tous citoyens âgés de 18 ans jusqu'à 40 ans, non mariés ou veuf sans enfants". Cette loi dispense les patriotes, les bourgeois et les artisans.
Le canton de Beaulieu doit fournir 41 hommes dont Beaulieu, 15. On ne peut pas chiffrer Landeronde car depuis 1791 la commune n'a pas fourni de liste. Les membres du district se sont déplacés sur la commune réticente afin d'établir leurs tableaux. En voici un qui date du 22 février : Hommes et enfants mâles 320, Femmes et filles 330, Naissances entamées en 1792 24, Décès 30, Assemblées primaires 0.
Le 24 février, le maire Frédéric Mercier annonce qu'il allait établir une liste des hommes de 18 à 60 ans. Les hommes lui disaient "que deviendrons-nous, nous n'avons jamais manié d'armes, nous ne sommes que des laboureurs ?" Les complots commencèrent.
 
 
 
L'échauffourée de Landeronde
Le 1er février, le tocsin sonne en différentes paroisses, de nombreux hommes se rassemblent autour de notables dont Jean-François Nicollon de l'Aumondière qui semble être l'un des chefs. Ils désarment les patriotes et détruisent les registres d'état civil.
Le 2 mars, le district des Sables tardivement informé de ces évènements envoie une compagnie de grenadiers, 50 gardes nationaux et une pièce de canon, qui seront sous les ordres du citoyen Biret, procureur syndic du canton de Beaulieu. Le district écrit au département, "le mal augmente de proche en proche, un rassemblement est prémédité. Les vues des insurgés sont de se procurer des armes. Leur prétexte est qu'on veut leur enlever tous les garçons pour les envoyer aux frontières et faire tirer la milice…"
Le directoire nommera un commissaire, augmentera le nombre d'hommes disponibles pour dissiper tout attroupement et déclarera que les frais de la force publique seront supportés par les communes en insurrection.
Le dimanche 3 mars, les mutins sont dispersés et près de 30 sont prisonniers. Dans la nuit du 3 mars, les patriotes ont brûlé Landeronde qui était la seule commune de la région dont l'église n'avait pas été incendiée.
Le commissaire écrira le 9 mars "tout attroupement est dissipé, le calme est rétabli à 6 lieues (24 kilomètres) à la ronde. J'ai décerné des exécutions pour 21.000 livres. J'ai été sourd à toutes prières et réclamations. J'ai impitoyablement fait exécuté militairement sur le champ tous ceux qui ne se soldaient pas. "
Collinet, écrira dans ses mémoires: "Tous les hommes et beaucoup de femmes ont été tués au bourg de Landeronde, il n'y a rien eu d'épargné. Comme ce petit bourg avait été le foyer de la révolte, tout ce qui s'y est trouvé a été fusillé sans exception." Cet événement connu sous le nom de "d'échauffourée de Landeronde" est la première répression vendéenne sanglante. Quelques jours plus tard, le dimanche 10 mars, la Vendée s'insurgera contre la Convention. Il faut voir en Jean-François Nicollon, sieur de l'Aumondière, armateur à La Rochette de Landeronde, un des instigateurs, de cette insurrection.
 
 
 
La Vendée militaire
 
Quand on parle de la Vendée militaire, il ne s’agit nullement du simple département de la Vendée, mais d’un vaste quadrilatère limité à l’ouest par l’océan, au nord par la Loire, à l’est par Vihiers, Thouars et Parthenay et au sud par Fontenay-le-Comte, Sainte-Hermine, la Forêt de Vouvent, Luçon et les Sables d’Olonne, c'est-à-dire la plus grande partie des quatre départements : Loire-Atlantique, Maine et Loire, Vendée, Deux-Sèvres en tout 400.000 hectares, 100 kilomètres du nord au sud et 150 d’est en ouest.
 
Cette Vendée militaire peut se diviser en six régions :
C’est en général un pays assez plat à l’exception d’une chaîne de collines orientée N - S des Herbiers jusqu’au S - O de Parthenay. Les points culminants étant le Monts des Alouettes et Saint Michel-Mont-Mercure. On peut évaluer à 500.000 le nombre d’habitants de la Vendée militaire.
 
En parlant des Vendéens insurgés, on a souvent employé le terme de "Chouans"; c’est une erreur, car cette dénomination sert exclusivement à désigner dans l’ouest les insurgés de la Normandie, de la Bretagne et du Maine.
 
Les paysans qui composent l’Armée Vendéenne étaient des volontaires qui ne touchent aucune solde et rentrent chez eux victorieux ou non après chaque bataille, si la distance n’est pas trop grande. Ils ont toujours quelque chose à faire ne serait ce que labourer ou faire la moisson de leurs champs. Ils étaient informés à l’avance de l’arrivée des troupes révolutionnaires "les Bleus" ou d’une prochaine bataille par la position des ailes des moulins, par le tocsin ou simplement en se réunissant dans un lieu convenu, autour de leur capitaine de paroisse. Ils n’ont ni uniforme, ni chaussures, mais des chapeaux de feutre, de paille ou des bonnets de laine, des gilets très courts qui laissent la chemise former un bourrelet au-dessus de la culotte à pont boutonnée sur le coté de la jambe jusqu’au genou, des guêtres de toile, des sabots ferrés. Ils commencent la croisade avec des fourches, des piques, des faux emmanchées à l’envers et des fusils de chasse avant d’avoir des fusils de guerre, pistolets et sabres enlevés aux Bleus. Leur cri de guerre est "rembarre, rembarre" et s’ils sont repoussés un cri bref "égaillez-vous les gars".
 
 
 
L’insurrection de l’ouest
 
Depuis le vote de la constitution civile du clergé, les pays de bocage dans l’ouest de la France sont en état d’insurrection latente. Privés de prêtres depuis que l'Assemblée Législative a forcé les réfractaires à s’exiler, réduits aux offices clandestins, exaspérés par l’exécution de Louis XVI, les villageois vivent dans une atmosphère orageuse et tendue, et le moindre incident peut avoir des conséquences imprévisibles.
 
L’explosion arrivera lorsque pour faire face à l'invasion étrangère dont Pierre était partie prenante dans les Armées des Princes, la Convention décrétera en mars 1793 une levée de 300 000 hommes, chaque village devant fournir son contingent. Il y a de nombreux moyens d'échapper à la levée, surtout pour les jeunes bourgeois des villes, qui font partie de la Garde Nationale. Les administrations locales, recrutées dans la bourgeoisie urbaine, échappent à la conscription. En revanche les paysans ont le sentiment que le recrutement les défavorise. Ayant manifesté leur répulsion pour la milice, les Vendéens n’admettront pas qu’on les arrache de chez eux pour défendre un régime qu’ils détestent.
 
Les premiers signes d'agitation ont lieu en mars 1793 :
10 mars : soulèvement à Beauvoir et Saint Florent le Veil
11 mars : massacres de patriotes à Marchecoul
12 mars : soulèvements dans les Mauges
14 mars : prise de Cholet par les Vendéens
 
Des paysans s'attaquent aux bourgeois patriotes des villes et réclament le retour des prêtres réfractaires. Au Nord de la Loire, le soulèvement est tué dans l'œuf, mais en Anjou et dans le Bas Poitou, au sud de la Loire, les Républicains sont rapidement submergés par des bandes de paysans armés qui s'organisent (plus de 20.000 révoltés seront maîtres de la région) sous le commandement de chefs comme Cathelineau allié à Stofflet puis rejoint par D'Elbée.
 
Le 19 mars 1793, une colonne républicaine de 3 000 hommes est mise en déroute par les insurgés au Pont-Charrault, près de Chantonnay (victoire vendéenne de la Guérinière). Ces victoires inexplicables des paysans vendéens sont le signal du soulèvement général. Tout le bocage au sud de la Loire échappe en quelques semaines à l'autorité de la République. Comme signe de ralliement, les Vendéens adoptent le Sacré-Cœur en étoffe rouge surmonté d’une croix. Leur résistance est rapidement et aisément victorieuse des administrations locales et ils rechercheront très vite des armes et des chefs.
 
La Vendée devient à partir de mars 1793 une région isolée du reste de la France. Perçue comme terre de la contre-révolution, elle est chargée de tous les symbolismes, de toutes les légendes. Le paysage, souvent bocager, est accusé de favoriser la révolte.
 
 
 
L'Armée Catholique et Royale
 
Plusieurs bandes de paysans se constituent en armées sous la conduite de nobles locaux comme Lescure, Bonchamps, La Rochejaquelein, D'Elbée, Sapinaud ou Charette. Les chefs issus de la noblesse donnent au soulèvement un caractère royaliste et sous leur direction "l’Armée Catholique et Royale"  (les Blancs) culbuteront les troupes républicaines (les Bleus) en s’emparant des villes de Cholet, Saumur, Angers et menaçant Nantes.
 
 
En relisant l'extrait des Mémoires d'Outre Tombe sur les Guerres de Vendées, Chateaubriand cite des Abbayes faisant partie de ceux qui menacent Nantes. S'agit-il de Pierre ou de Jean-Joseph?
"Jacques Cathelineau, simple voiturier de la commune du Pin-en-Mauges, sort de sa chaumière le 14 mars 1793 : il se trouve que le voiturier est un grand capitaine.
À la tête de deux cents paysans, il attaque un poste républicain, l'emporte et s'empare d'une pièce de six, connue sous le nom du Missionnaire : voilà le premier canon de la Vendée.
Cathelineau arme sa troupe avec des fusils qu'il a conquis, marche à Chemillé, défendu par cinq cents patriotes et deux couleuvrines : même courage, même succès.
La victoire fait des soldats : Stofflet, garde de chasse de M. de Colbert rejoint Cathelineau avec deux mille hommes.
Laforêt, jeune paysan du bourg de Chanzeau, lui amène sept cents autres Vendéens.
Les trois chefs se présentent devant Cholet, forcent la ville, mettent en fuite la garnison, s'emparent de plusieurs barils de poudre, de six cents fusils et de quatre pièces de canon, parmi lesquelles se trouvait une pièce de douze que Louis XIII avait donnée au cardinal de Richelieu.
C'est cette pièce devenue si célèbre sous le nom de Marie-Jeanne : les paysans vendéens y semblaient attacher leur destinée.
Dans leur simplicité, ils ne s'apercevaient pas que leur véritable palladium était leur courage.
La prise de Cholet fut le signal du soulèvement de la Vendée. Machecoul tombe, Pornic est surpris.
Bientôt avec les périls et la gloire paraissent Charette, D'Elbée, Bonchamp, La Rochejaquelein, de Marigny, de Lescure et mille autres héros français, semblables à ces derniers Romains qui moururent pour le dieu du Capitole et la liberté de la patrie.
Cathelineau marche sur Villiers ; d'autres chefs, MM. de La Roche-Saint-André, de Lyrot, Savin, Royrand, de La Cathelinière, Couëtus, Pajot, des Abbayes (écrit d'Abbayes), Vrignaux, menacent Nantes, Niort et les Sables, Charette devient généralissime de la Vendée inférieure ; D'Elbée, placé à la tête des forces de la haute Vendée, est secondé par Bonchamp, Soyer, de Fleuriot, Scépeaux, noms qui rappellent les premiers temps de la chevalerie." (suite après le bandeau sommaire).
 
 
Les Républicains ne tiennent plus dans la région que deux points d’appui : Nantes et les Sables d’Olonne. L’insurrection s’étendit au nord de la Loire, en Bretagne et dans le bocage manceau et normand, mais là elle devait garder un caractère de guerre de partisans : les bandes de Chouans harcelant les Bleus sans pouvoir leur infliger de véritables revers importants.
Un Conseil Supérieur Royaliste se constitue le 4 avril, Il siège à Châtillon et entreprend d'administrer les paroisses des territoires contrôlés par les Blancs. Mais le Conseil n'a pas d'autorité sur les états-majors des différents chefs, dispersés à travers la région au gré des opérations militaires.
 
Les insurgés ont une tactique. Autour d'un petit noyau composé de soldats de fortune et de déserteurs, les armées des Blancs sont constituées par des compagnies de paroisse qui se rassemblent au son du tocsin et se dispersent à la fin des combats. Les paysans s'attaquent aux colonnes républicaines en utilisant l'effet de surprise. Mal organisés et mal armés pour défendre une position ou manœuvrer, les Blancs comptent sur le choc frontal de masses vociférant.
La cavalerie, constituée essentiellement par les nobles, essaie ensuite d'exploiter la déstabilisation de l'adversaire.
 
Les difficultés particulières de la guerre de Vendée ont contraint la Convention à une mesure terrible : un décret ordonne de rendre le pays inhabitable en incendiant les bois, les taillis, en détruisant les maisons, en s’emparant du bétail. Mais la mésintelligence des généraux républicains ne permet pas, en dépit de l’envoi des troupes mayençaises, d’obtenir des succès importants.
Les Blancs s'emparent des villes qui entourent le bocage, Bressuire (2 mai), Parthenay, Thouars (5 mai), Fontenay-le-Comte (25 mai), Saumur (9 juin), Marchecoul (10 juin), etc.
 
Mais après avoir saisi les armes et les munitions qui s'y trouvent et remplacé les autorités locales, les insurgés ne peuvent tenir de garnison dans ces places, qui repassent vite sous le contrôle des Républicains.
Le 12 juin, Cathelineau est élu généralissime vendéen.
Dépourvus de matériel de siège, les Blancs échouent parfois devant des villes qu'ils n'ont pas le temps d'assiéger dans les règles.
Après l'échec des premiers assauts, les paysans soldats se découragent et se débandent. Le manque de coordination entre les différents corps des armées insurgées explique aussi l'échec devant Nantes le 29 juin 1793 (Cathelineau mortellement blessé, meurt le 14 juillet).
 
Pour faire face au soulèvement, la République dispose d'abord de maigres troupes de réserve, mal entraînées et mal commandées, qui répondent à l'insurrection par une répression violente et maladroite...Les meilleures armées de la République se sont précipitées aux frontières pour défendre la patrie au nord de la Loire, en Normandie et en Bretagne, le dispositif militaire est plus important, pour parer à l'éventualité d'une descente anglaise.
 
L'insurrection se limite alors à une chouannerie sporadique. Le soulèvement de la Vendée est, pour reprendre l'expression de Michelet, "un coup de poignard dans le dos, au moment où le pays est envahi".
 
Des volontaires parisiens, sans-culottes armés à la hâte et peu disciplinés, sont envoyés pour lutter contre les paysans rebelles. Ils sont commandés par des militaires amateurs comme le brasseur Santerre, mauvais soldat mais grand buveur.
Le 5 juillet, défaite de Westermann à Chatillon
Le 18 juillet, l'armée vendéenne bouscule à Vihiers l'armée de Santerre.
Le 19 juillet, D'Elbée est élu généralissime vendéen.
Le 25 juillet, mort de Sapinaud de la Verrie
Le 26 juillet, prise des Ponts-de-Cé par les Vendéens.
Le 14 août, défaite des Vendéens devant la ville de Luçon, habilement défendue et maladroitement attaquée.
 
La chute des Girondins et le début de la Terreur au cours de l'été 1793 aggravent la désorganisation des armées républicaines qui luttent contre la Vendée insurgée.
Les meilleurs officiers sont issus de l'ancienne armée du Roi. Ils deviennent vite suspects de trahison au premier revers. Certains, comme Canclaux sont destitués, d'autres comme le duc de Biron, finissent sur l'échafaud.
 
Au mois d'août 1793 arrive dans l'ouest l'Armée de Mayence. Après avoir capitulé, Kléber et ses hommes ont obtenu des Prussiens de ne pas être désarmés à condition de ne plus se battre contre la coalition pendant une année. La Convention les envoie dans l'ouest, où ils inspirent aux insurgés une profonde terreur. Pourtant, les 18-19 et 22 septembre, l'avant-garde de l'Armée de Mayence subit un échec à Torfou, Santerre se fait culbuter par les Vendéens à Coron qui remportent aussi une victoire à Saint Fulgent.
Le 13 octobre, Charette prend Noirmoutier.
Le 15 octobre, Lescure est mortellement blessé à la Tremblay
Ce n'est qu'au mois d'octobre que les armées républicaines, placées sous le commandement de Canclaux, opèrent leur jonction à Cholet.
 
 
 
La défaite de Cholet
 
Les Vendéens décident le 17 octobre d'attaquer Cholet qu'ils ont déserté et laissé aux mains de Kléber. Ils sont 40 000 hommes prêts à combattre 22 000 Républicains qu'ils veulent acculer et prendre au piège dans la ville. Le combat démarre à l'avantage des Vendéens, mais la 109° ligne républicaine met en fuite les Vendéens. Et des 40 000 hommes, il n'en reste bientôt que 400 qui ne s'enfuient pas vers la Loire et restent avec La Rochejaquelein, D'Elbée et Bonchamps.
La bataille est perdue. Bonchamps est mortellement blessé, D'Elbée est blessé 14 fois à la poitrine. Les deux hommes sont évacués, Bonchamps à St Florent et D'Elbée vers Noirmoutier.
 
À propos de cette bataille de Cholet, tournant de l'histoire, Kléber écrira : "les rebelles combattaient comme des tigres et nos soldats comme des lions".
C'est Pierre Cathelineau, le frère de Jacques qui sort D'Elbée du champ de bataille. Avec 1500 angevins, il traverse la Vendée et emmène D'Elbée sur un brancard vers Noirmoutier où Charette tient l'île. D'Elbée arrive à Noirmoutier le 2 ou 3 novembre 1793, les émissaires de Charette l'accueillent avec faste et salves de canons. Très grièvement blessé, on l'installe dans une maison avec son épouse.
Il s'y soigne, discute autant qu'il le peut stratégie avec les chefs vendéens de l'île, mais est trop malade pour suivre activement l'évolution des combats.
 
 
 
 
La Virée de Galerne
 
Les rescapés de la bataille de Cholet sont au nombre de 60.000, selon le témoignage de Kléber, sans compter environ 20.000 femmes et enfants. Ces insurgés de l'Armée d'Anjou avec Henri de La Rochejaquelein espèrent trouver de l'aide, auprès des insurgés bretons engagés dans la chouannerie, et un soutien anglais s'ils s'emparent d'un port de mer. Contraintes d'abandonner la rive gauche de la Loire à Saint Florent le Veil, entre 60 000 et 100 000 personnes, hommes, femmes et enfants, partent pour un long périple : la Virée de Galerne" (le nom de galerne est donné par les Angevins au vent de Nord-ouest). La colonne qui s'étire sur plusieurs kilomètres, protégée par 30.000 à 40.000 combattants traverse le 18 octobre la Loire sur des radeaux de fortune. Des détachements de l'Armée d'Anjou, sous la conduite du Prince de Talmont, avaient déjà franchi le fleuve pour établir une tête de pont sur la rive droite.
Le 20 octobre La Rochejaquelein est élu généralissime.
Le 23 octobre, l'Armée Catholique et Royale est rejointe à Laval par Jean Cottereau, dit Jean Chouan, à la tête de 6 000 hommes et ils prennent la ville.
Le 27 octobre, victoire des Vendéens à Entrammes.
Le 4 novembre, les Vendéens sont à Fougères.
 
 
 
Expédition de Granville
 
Le 14 novembre 1793, les Blancs échouent devant le port normand de Granville. Le soutien espéré des Anglais ne vient pas et Granville est trop bien protégée par ses murailles. Il faut revenir en arrière et traverser à nouveau la Loire.
Le 22 novembre à Dol, Stofflet repousse les Républicains et ouvre ainsi la route vers le sud.
Le 25 novembre, sur le chemin du retour, les Blancs se détournent vers Sablé et La Flèche.
Les 3 et 4 décembre, les 45 000 Vendéens sont repoussés devant Angers.
Le 9 décembre, victoire vendéenne à la Flèche.
 
 
 
Défaite de Savenay
 
Le 10 décembre, l'armée des Blancs réussit à pénétrer épuisés et se ravitailler au Mans. Les Républicains pénètrent à leur tour dans la ville, et, après une nuit et une journée entières de combat, les 12 et 13 décembre, les Blancs sont écrasés et massacrés par la population locale, qui n'en a plus peur. 10.000 personnes trouvent la mort dans ce combat où les vainqueurs ne faisaient pas de quartier.
 
Les combattants de l'Armée Catholique et Royale se dispersent et environ 12 000 survivants fuient sur la rive droite de la Loire, certains (les troupes de Stofflet) arrivent les 17 et 18 décembre 1793 à traverser à Ancenis mais beaucoup continueront sur la rive droite de la Loire sans pouvoir traverser. Les troupes républicaines de Marceau, de Kléber et Westermann les talonnent et les rattrapent à la petite bourgade de Savenay, où fatigués et affaiblis, ils sont écrasés et les survivants prisonniers sont exécutés dans les jours qui suivent. Ils sont plus que 5 000, anéantis le 23 décembre 1793. Carrier, invente les noyades de Nantes, il fusille et noie entre 4.000 et 10.000 prisonniers vendéens.
 
À la fin de l'année 1793, Westermann peut envoyer à la Convention un message triomphal : "Il n'y a plus de Vendée, elle est morte sous notre sabre libre, avec ses femmes et ses enfants, je viens de l'enterrer dans les marais et les bois de Savenay.
Suivant les ordres que vous m'avez donnés, j'ai écrasé les enfants sous les pieds des chevaux, massacré les femmes qui au moins pour celles-là n'enfanteront plus de brigands. Je n'ai pas de prisonnier à me reprocher, j'ai tout exterminé. [...] Nous ne faisons plus de prisonnier, il faudrait leur donner le pain de la liberté, et la pitié n'est pas révolutionnaire".
 
Il ne subsiste plus que des bandes d'insurgés, principalement les troupes de Charette, retiré à Noirmoutier et qui n'a pas participé à l'expédition, et de Stofflet, qui est parvenu à traverser la Loire à Ancenis.
 
 
 
Pierre est au Régiment de Loyal Emigrant
 
 À une date que l'on ne connaît pas (entre début 1793 et la fin de la campagne de France de 1794), Pierre Nicollon des Abbayes passe en Angleterre où se forme le Régiment de Loyal Emigrant, il prendra part dans ce régiment comme sous officier dans la Compagnie Colonelle. Cette compagnie est composée de volontaires nobles venus combattre la Révolution.
 
La Compagnie Colonelle
 
La Compagnie Colonelle était sous l’Ancien Régime la compagnie dont le colonel général de l’infanterie était propriétaire dans chaque régiment. Cette compagnie étant pratiquement commandée par un lieutenant délégué du colonel, dont par abréviation, on a fait le grade de lieutenant-colonel. La Colonelle avait un drapeau blanc qui devint celui du Roi à partir de Louis XIV, celui-ci ayant supprimé la charge de colonel général.
 
Pierre tente de rejoindre la France par Jersey.
 
En Vendée, la liste officielle des émigrés du 4 octobre 1793 porte les noms de "Nicollon Frères". Début 1794 Pierre Nicollon des Abbayes malgré les dangers liés à son statut d'émigrant, tente de passer à Jersey avec l'espoir de rejoindre par cette voie les Royalistes de France. N'y parvenant pas, il entre dans le corps commandé par le Marquis du Dresnay, et ensuite sous le commandement du Prince de Léon. Pierre formera en Angleterre des officiers qui devaient être envoyés dès que possible aux Royalistes de la Bretagne et de la Vendée.
 
 
 
La famille de Pierre connaît la prison (1793)
 
Du fait sans doute de l'émigration de Pierre et de son frère, et de l'engagement de Jean-François (le père) qui était rappelons-le l'un des principaux instigateurs de l'insurrection de Landeronde et qui a certainement dû participer aux évènements précédents, la famille Nicollon connue les plus grands malheurs : Jean-François et ses trois filles, Suzanne Henriette (33 ans), Marie-Thérèse (22 ans) et Françoise (17 ans) sont arrêtés le 8 juillet 1793 et détenus aux Sables à partir du 4 août. "Jean-François est présenté comme ayant un caractère hautain, des opinions défavorables à la Révolution. Très suspecté d'avoir entretenu une correspondance avec ses deux garçons émigrés, d'avoir prêté les mains à l'insurrection au moment où elle a éclaté et d'avoir été l'âme de cette insurrection dans le canton, il vit de ses rentes, soit 2.000 livres avant et depuis la Révolution. Ses filles sont détenues comme lui, pour avoir constamment montré de mauvais principes et leur haine à la Révolution." (Ch. Roux). Françoise est déportée avec Jean-François à l'île de la Montagne (Noirmoutier) le 8 mai 1794. Les deux autres sœurs Henriette et Thérèse sont malades et restent dans leur prison des Sables.
 
Le 28 mai ou le 16 juin 1794, Jean-François le père de Pierre meurt en prison à Noirmoutier. Le décès est déclaré par ses cousins Coindet et Poupton (de la famille Mercier). Jean-François n'a pas été guillotiné grâce à son neveu Basile Antoine Marie Joseph Nicollon, assesseur du juge aux Sables d'Olonne, décédé rue de la Concorde le 4 février 1796. L'une des filles, Antoinette Victoire, a dû également mourir des suites de ces événements, car par la suite deux sœurs seulement participeront aux partages des biens : Suzanne Henriette et Marie-Thérèse.
 
En même temps que Marie-Thérèse Nicollon, se trouvaient détenues aux Sables plusieurs femmes ou sœurs d'émigrés, parmi lesquelles Marie-Anne Gaudin Galisson* dont Pierre épousera plus tard la fille.
*Arrêtée le 23 septembre 1793 "aristocrate violente ayant son mari émigré" Marie-Anne Gaudin ne fut libérée qu'en janvier ou février 1795. C'est aussi à cette époque que fut libérée Marie-Thérèse.
 
Le 6 janvier 1794, Haxo reprend Noirmoutier à Charette, arrête D'Elbée convalescent depuis la bataille de Cholet et le fait exécuté dans son fauteuil. Parti avec quelques fidèles, après les désastres de décembre 1793, le prince de Talmont sera capturé par les Républicains, jugé et guillotiné le 28 janvier devant les grilles de son château de Laval.
Le 28 janvier, continuant le combat dans les Mauges à Nuaillé avec quelques maigres troupes, La Rochejaquelein se fait tuer stupidement dans une embuscade par un républicain qu'il avait fait prisonnier.
 
 
 
 
Les Colonnes Infernales de Turreau (mars - avril 1794)
 
Le général Turreau arrivé en Vendée, le 23 décembre 1793, le jour où Kleber et Marceau écrasent les Vendéens à Savenay se conforme alors aux stricts ordres : un décret du 1er août 1793 qui ordonne de "brûler les bois, taillis et genêts, de détruire les repaires des brigands, de confisquer le bétail et les denrées".
Puis le 16 janvier 1794, Turreau adresse son plan au Comité de Salut Public : Ratisser à l'aide de 12 colonnes qui avancent parallèlement, de Brissac au nord, jusqu'à St Maixent au sud et toute la Vendée d'est en ouest pour acculer les brigands sur les bords de Loire et l'océan Atlantique...
Turreau donne à ses généraux des ordres très explicites : "Les villages, métairies, bois, landes, genêts et généralement tout ce qui peut être brûlé sera livré aux flammes".
En ce qui concerne les brigands, Turreau donne l'ordre de passer par la baïonnette "les brigands trouvés les armes à la main ou convaincus de les avoir prises, y compris les filles, femmes et enfants qui seront dans ce cas".
 
Il n'y a plus d'Armée Vendéenne mais des bandes de paysans qui continuent le combat çà et là. Elle se recompose autour de quatre chefs : Charette, Stofflet, Sapinaud et Marigny. Ils s'entourent d'états-majors, de casernements, d'hôpitaux, de caches d'armes, et pratiquent la Guérilla.
 
Les colonnes infernales se mettent en marche en mars, et jusqu'au 17 mai 1794, elles répandent la mort et le feu sur leur passage. Allant bien au-delà de ses ordres, les colonnes massacrent la population civile et militaire, ne laissant que désolation sur leur passage. Les colonnes infernales ont semé l'horreur sur leur passage. Certains historiens chiffrent les morts à 200 000. La population vendéenne a été décimée. Dans certains villages 20 à 40 % de la population a été exécutée.
Le 2 février, victoire de Charette et Sapinaud à Chauché.
Le 6 février, Stofflet prend Cholet.
Les 8 et 9 février, Charette prend Légé.
Le 20 mars, Charette est victorieux aux Clouzeaux, fait prisonnier Haxo et l'exécute.
25 mars, Massacre de la forêt de Vezins
Le 27 mars, Aux Ouleries, Stofflet massacre les Républicains en représailles des massacres de Vezins.
Le 29 mars, le Conseil Militaire vendéen, condamne Marigny à mort pour trahison. Il sera fusillé par Stofflet le 10 juillet à Combrand.
Le 27 juillet, mort de Jean Chouan.
En Août, unification de la Chouannerie en Bretagne derrière Joseph Puisaye.
Hoche arrive en Vendée Août 1794
 
 
 
Hoche arrive en Vendée
 
En août 1794, Hoche est rappelé à la tête des armées de Brest et de Cherbourg pour pacifier la Vendée. Sur place, Hoche trouve une armée républicaine indisciplinée, désorganisée et immorale. Il commence par remettre de l'ordre dans son armée avant d'élaborer sa stratégie. Elle sera double : sociale et militaire. Les temps ont changé, la chute de Robespierre et la fin de la Terreur sont passées par là. Le retour à la paix est dans l'air du temps, et Hoche abonde en ce sens. Il fait des propositions au Comité de Salut Public :
Indemniser les paysans ralliés à la cause républicaine.
Enrôler de force les paysans royalistes, pour les éloigner de leur terre.
Amadouer les prêtres, par l'argent ou par les sentiments.
Hoche agit sur tous les terrains, remarquablement.
D'un point de vue militaire, son armée organisée en camps et unités mobiles quadrille la région et prévient les actions de la guérilla.
D'un point de vue humain, Hoche calme les esprits. Plutôt que de faire couler le sang, il cherche le retour à paix, au sein de la république. Pour sortir de cette guerre, il essaie de redonner sa dignité à l'adversaire pour qu'il puisse en sortir la tête haute.
 
La paix gagne du terrain, les chouans cèdent au découragement., et reviennent à des idées de paix. Les insurgés au bord de la famine comptent de plus en plus de désertions. C'est dans ce contexte que s'ouvrent les discussions de paix entre Républicains et insurgés.
 
 
 
La paix de Jaunaye 15 février 1795
 
Du côté vendéen, c'est Charette qui mène les négociations.
Hoche ne pense pas que Charette souhaite vraiment signer une paix durable. Il le soupçonne de ne chercher qu'un peu de répit, le temps de restructurer son armée, ce en quoi il a raison.
Le 17 février 1795, Républicains et Royalistes signent les accords de paix au château de la Jaunaye (à l'entrée de Nantes). Charette signe le premier, c'est ensuite au tour de Sapinaud, dans le bocage vendéen. Stofflet le grand rival de Charette pour la suprématie de l'insurrection vendéenne, exclu de la négociation, refuse tout d'abord de le signer.
 
Les représentants de la Convention accordent par le traité de Jaunaye :
le droit de conserver pour les insurgés une troupe de 2.000 hommes,
la liberté de culte,
le retour des prêtres réfractaires,
l’octroi de grosses indemnités,
l’exemption de service militaire.
Quant à Charette, à peine a-t-il apposé sa signature, qu'il prépare un nouveau soulèvement. Mais Hoche veille.
 
Du côté chouan, la paix aussi se discute. En avril 1795 des négociations s'ouvrent entre Républicains et Chouans avec le Baron Cormatin et le Comte de Puisaye. Les motivations chouannes sont identiques à celles de Charette : gagner du temps pour préparer le débarquement anglais. La pacification de Prévalaye stipule les mêmes conditions pour les Chouans que celles accordées aux Blancs, l'accord sera conclu le 20 avril 1795. Les chouans acceptent de déposer les armes et de reconnaître la république. Ils obtiennent en échange la liberté de culte, la dispense de conscription et 1 500 000 livres d'indemnités. Stofflet n'apposera sa signature que le 2 mai. (Pacification de Saint Florent le Vieil). Les Manceaux, Cadoudal et Frotté refusent de signer cet accord.
 
À l’abri de cette paix illusoire les Chouans et les Vendéens restaurent leurs forces éprouvées par Turreau. La Convention ne peut refuser à l’ensemble de la Nation les concessions religieuses qu’elle vient d’accorder aux insurgés de l’ouest. L’Assemblée garantit la liberté des cultes, mais ne reconnaît aucun d’eux. C’est l’idée très moderne de la séparation de l’Eglise et de l’Etat.
 
 
 
Juin 1795 Le débarquement de Quiberon
 
Pendant que les Vendéens connaissent une paix relative, les émigrés continuent la guerre. Les frères de Louis XVI, le comte de Provence et le comte d'Artois, mènent depuis l'Angleterre la reconquête de la France. Le gouvernement anglais s’était enfin décidé à soutenir le projet des émigrés de lutter contre la Révolution et de mettre un nouveau Roi sur le trône en France. L’armistice de l’ouest est vite rompu. Charette dénonce les accords de la Jaunaye le 25 juin et reprend les armes. Les Chouans le suivent.
En juin 1795, un premier débarquement d'émigrés se fait sans difficulté et fait sa jonction à Quiberon avec une troupe de 5.000 Chouans commandés par Cadoudal et coordonnés par Puyssaye.
 
Hoche, prend aussitôt ses dispositions pour lancer une contre-offensive. Il demande et obtient du Comité de Salut Public 12 000 hommes en renfort ainsi que des vivres.
 
Du côté Royaliste, le désaccord est grand entre les différents chefs de l'expédition. Les Chouans sont cordialement méprisés par les émigrés qui les tiennent pour des sauvages, si bien qu'un temps précieux est perdu qui permet à Hoche de déployer ses régiments tout le long de la Bretagne, occupant ainsi tout le territoire, et poster un régiment de 8.000 hommes à Sainte Barbe, en attente des insurgés. La confrontation a lieu le 6 juillet. Elle tourne à l'avantage des Républicains qui bloquent les Royalistes dans la presqu'île et repoussent les assaillants britanniques dans le fort de Penthièvre. Après une attente de plusieurs jours, et des combats sporadiques, Hoche décide de lancer une offensive de nuit contre le fort.
Malgré la résistance des vaillants Anglais, le fort tombe le 21 juillet aux mains des Républicains. Une partie des Royalistes peut regagner dans de mauvaises conditions les vaisseaux anglais ancrés dans la baie, les autres sont emprisonnés.
 
Pierre Nicollon des Abbayes était partie prenante dans ce débarquement avec le corps expéditionnaire commandé par le Marquis du Dresnay. Les combats sont violents, Pierre Nicollon des Abbayes se bat vaillamment et réussit à échapper au massacre général.
 
Le 22 juillet, tout est terminé : sur 12.000 captifs, 748 sont fusillés malgré la capitulation signée par Hoche, mais les représentants de la Convention donnèrent l’ordre d’appliquer aux prisonniers les lois contre les émigrés. Ce débarquement est un échec.
 
Après ce succès, Hoche obtient le commandement de toute l'armée de l'ouest, et remplace aussitôt le général Canclaux à Nantes.
De retour en Angleterre, Pierre est toujours parmi les plus ardents volontaires pour venir combattre en France.
 
 
 
Expédition de l'Ile d'Yeu
 
Quelques semaines plus tard, un autre corps expéditionnaire anglo-émigrés, conduit par le Comte d’Artois en personne, débarque à l’Ile d’Yeu pour tenter une nouvelle fois de rejoindre l’Armée Vendéenne.
 
Les Républicains, pensent qu'ils choisiront la Vendée pour accoster. Hoche déploie ses 44 000 hommes le long de la Sèvre nantaise pour couper Charette des Armées du Centre et de l'Anjou. Il arrive à devancer les Anglais sur la plage de l'Ile d'Yeu, les empêchant de débarquer.
 
Dans le même temps, il répond aux attaques de Charette, qui enfoncé dans les terres essaie de faire diversion. Mais, Hoche s'est bien préparé, il a suffisamment d'hommes et les a disposés efficacement. Charette ne réussit pas à déboucher sur le rivage pour faire la tête de pont, et l’expédition anglaise du Comte d’Artois doit quitter l’île d’Yeu fin 1795 et rentrer en Angleterre. En représailles de l’épisode de Quiberon, Charette fait exécuter ses prisonniers républicains.
 
Sans aide de l'extérieur, la cause royaliste est perdue. Pierre Nicollon des Abbayes, toujours sous les ordres du Marquis de du Dresnay, est de ceux qui accompagnèrent le Prince à l'Ile d'Yeu. Pierre Nicollon des Abbayes se retrouve à nouveau en Angleterre dans son régiment de Loyal Emigrant, jusqu'en fin 1796 (date où ce régiment fut licencié en Angleterre à l'île de Wight). Dès lors certain qu’aucun corps expéditionnaire d’émigrés ne débarquera en France, Pierre Nicollon des Abbayes décide de passer seul pour le continent.
 
Dans un ouvrage de Charles Hettier : " Relations de la Normandie et de la Bretagne avec les îles de la Manche pendant l’Emigration, on peut lire page 196 à la date du 20 février 1795 :  Rassemblement militaire de Jersey" : "État des services et grades militaires de messieurs les Gentilshommes Français émigrés des provinces de Normandie, du Maine, Anjou, Poitou, composant ce rassemblement" " ….M. Nicollon de L'Aumondière, 34 ans, né en Poitou, à Jersey ; ayant fait la campagne des princes, bons principes – Gentilhomme."
 
 
 
La pacification
 
Hoche, à partir de la fin 1795 est en position de force, il peut passer enfin à l'étape finale : pacifier la Vendée.
 
Comme toujours il agit scrupuleusement, avec un plan rigoureux et infaillible.
Il déploie ses hommes, circulairement, en petites unités, qui ratissent méthodiquement tous les villages. Dans chaque village, les Républicains demandent la restitution des armes, avec présentation du registre d'enrôlement tenu par la paroisse. Hoche détache les paysans de leurs chefs nobles en leur promettant l'amnistie s'ils déposent les armes. Pour faire pression ils prennent en otages des notables, puis réquisitionnent les bêtes et le grain. Tout cela est fait sans violence. Quand les armes sont restituées, les otages sont libérés, et le bétail et le grain sont rendus (après prélèvement d'un impôt pour nourrir les troupes de la république).
 
Il commence sa pacification par la Basse Vendée, pour ensuite remonter jusqu'en Anjou et en Bretagne. La pacification se déroule sans heurt. Il n'y a aucun débordement, les Royalistes qui sont toujours bien traités acceptent de rendre les armes.
 
Le Directoire convoque Hoche à Paris et le promeut commandant supérieur des trois armées, réunies sous le nom d'Armées des Côtes de l'Océan.
Mais dès son retour à Paris, il apprend que Charette et Stofflet ont repris les armes.
Le 23 février 1796, Stofflet est arrêté à la Saugrenière, près de Jallais et exécuté le 25 février à Angers.
 
Le général Travot et ses grenadiers sont aux trousses de Charette et le capture le 23 mars dans les bois de la Chabotterie (Saint Sulpice le Verdun). Après un procès à Nantes Charette est fusillé le 29 mars 1796.
 
À cette époque, hélas, les derniers soldats vendéens de Charette et Stofflet, avaient été battus, leurs derniers chefs massacrés, poursuivis, traqués, les ultimes partisans royalistes erraient dans les bois. Après la mort de Charette, les Vendéens rendent les armes. Hoche termine la pacification en Anjou et en Bretagne.
Le 15 juillet 1796 le Directoire annonce que les troubles dans l'Ouest sont apaisés. Hoche reçoit par la même occasion les honneurs de la patrie.
 
 
 
Débarquement de Pierre seul en Vendée mi-1796
 
Les Guerres de Vendée semblent terminées, Pierre Nicollon des Abbayes, n'ayant pas pu participer aux combats en France, veut rentrer. " Fin 1796, je passais en France pour y attendre la première occasion favorable qui se présenterait aux Royalistes de reprendre les armes. Dans un voyage aussi périlleux, je ne pouvais emporter avec moi aucun papier qui constatait mes services pendant mon émigration, je les laissai donc en Angleterre et depuis je n’ai pu me rappeler à qui je les ai confiés."
 
On ne connaît pas la date exacte du retour de Pierre en France ; mais tentons par déduction une recherche approximative : On se souvient que les troupes anglaises ne quittent l’île d’Yeu que le 15 décembre 1795 et que Pierre Nicollon des Abbayes était parmi elles.
 
Pierre apprend la mort (Le 4 février) de son bien aimé cousin des Sables, le procureur Basile Nicollon et n'est pas présent aux obsèques.
Le 21 février 1795, après le combat de la Bégaudière, Charette est isolé et traqué, Pierre ne peut pas entrer en contact avec lui.
De nombreux passages entre l'Angleterre et la France eurent lieu à cette époque, ainsi Suzannet fut débarqué en baie de Cancale le 16 mars 1796, mais on ne trouve pas Pierre des Abbayes figurant parmi ses compagnons de route.
Le 23 mars 1796 Charette est capturé par Travot dans les bois de la Chabotterie à Saint Sulpice le Verdun et fusillé le 29 mars à Nantes, sans que Pierre n'ait jamais pu le rejoindre.
Après l'exécution de Charette, une période de relative accalmie et de moindre surveillance militaire s'installe, des troupes ayant été déplacées vers la Bretagne pour la préparation de l’expédition d’Irlande.
 
C'est probablement à cette période donc à partir d'avril 1796, mais plutôt fin 1796 que Pierre, après bien des difficultés, réussit à débarquer en Vendée et à rejoindre le Marais et la région des Sables, attendant l’heure d’un nouveau soulèvement.
 
 
 
1798 Pierre est arrêté à Fontenay-le-Comte
 
Entre avril 1796 et 1798, nous n'avons pas d'information sur les conditions de vie de Pierre Nicollon des Abbayes ; il fut probablement obligé de se cacher du fait des lois toujours en vigueur contre les émigrés. On ne sait pas non plus dans quelles circonstances Pierre Nicollon des Abbayes eut des difficultés avec l’administration républicaine, mais il se trouve en mars 1798 détenu quelques jours à Fontenay-le-Comte en même temps que Saint-Pol, Forestier, Caillaud. Ces difficultés auraient pu être fatales, puisqu’il était théoriquement passible de la peine de mort en tant qu’émigré rentré.
 
Fut-il sauvé du fait qu'on a souvent commis à l'époque des confusions entre des Abbayes et Dabbaye, ancien régent à Saint-Hilaire de Riez, insurgé de la première heure, chef de division dans le Marais ? Ce Dabbaye basé près de Saint-Jean des Monts, escorta le dernier convoi de munitions débarqué de la flotte anglaise le 24 novembre 1795 ;pris près de Saint Etienne du Bois le 21 février 1796, il fut jugé et fusillé à Montaigu le 24 février 1796. La confusion était telle, que le 19 mars 1798, l’administration centrale du département de la Vendée décida, par mesure de sûreté, l’arrestation de seize personnes, dont : des Abbayes et mentionna "Dabbaye, ex-chef, à Saint-Hilaire de Riez". Le rapport de gendarmerie du 25 mars répondit très naturellement : " La brigade de Saint-Gilles, chargée de l’arrestation du nommé Dabbaye, ex-régent à Saint-Hilaire de Riez, a su qu’il avait été fusillé à Montaigu." Pierre a dû rester dans la clandestinité encore quelques mois, car présent en Vendée, il n'est pas présent au partage des biens familiaux.
 
On ne retrouvera Pierre qu'en 1799, lors du nouveau soulèvement de la Vendée.
 
 
 
1798, Partage des biens familiaux
 
Le 2 messidor an VII (1798), a lieu le partage des successions des défunts parents de Pierre, Jean François Nicollon dit l'Aumondière et Henriette Mercier son épouse, entre :
leur fille Henriette Nicollon pour 1/5ème,
leur fille Thérèse Nicollon pour 1/5ème,
leurs petits enfants les mineurs Chapot pour 1/5ème,
la République représentant leurs deux fils, les frères Nicollon, émigrés, pour 2/5ème.
Ce partage est provisoire car Jean-Joseph n'est pas encore radié de la liste des émigrés. Il le sera le 6 Brumaire an X (octobre 1801)
L’analyse sommaire du partage permet de découvrir le détail de tous les meubles de la maison de La Rochette, le cheptel des métairies, etc...
I/ La composition des biens :
Bétail et meubles communs à Jean-François et à son épouse
(1.655,86 F).
Une métairie à Landeronde (La Naulière) également commune aux époux (6.390F)
Biens propres à Henriette Mercier :
en rentes 6.000 F ;la métairie des Abbayes à Beauvoir et divers marais salants qui en sont détachés pour le partage 32.000 F.
Biens propres à Jean-François Nicollon :
Maison et borderie de La Rochette et quelques prés, terres, vignes, qui en sont détachés pour le partage 6.000 F ; une métairie à La Rochette 9.369 F ; une autre métairie à La Rochette 10.007 F ; métairie de la Proutière à Saint Georges de Pointindoux 7.850 F ; maison de Pallau 2.000 F ;
En provenance de la moitié de l'héritage de sa sœur morte probablement au début de la Révolution, l'autre moitié va aux deux petites-nièces des Sables : Métairie de la Gaubretière à Chateauneuf 11.960 F ; borderie à Bois de Cené 4.120 F ; marais salants à N.D. de Monts et Saint Hilaire de Ryé 9.490 F ; rentes dues par un débiteur de Saint Urbain et par veuve Morisson de Palluau 2.120 F.
Total masse 108.961 F
II/ Les attributions (par tirage au sort des lots)
À la république :
les immeubles de Chateauneuf, Bois de Cené, N.D. de Monts et St Hilaire de Ryé.
À Thérèse Nicollon :
La Rochette un peu démembrée, l'une des métairies de La Rochette, et des marais salants à Beauvoir.
À Henriette Nicollon :
l'une des métairies de La Rochette, plus quelques terres démembrées de La Rochette, plus des marais salants à Beauvoir.
Aux Chapot :
métairie de la Proutière à Saint Georges de Pointindoux, métairie de la Naulière à Landeronde, la Maison de Palluau.
 
Ces attributions seront ultérieurement modifiées par des actes que nous ne connaissons pas, puisque Pierre des Abbayes possédera (et son fils après lui) la maison de La Rochette que l'on voit ici attribuée à Thérèse. Cette situation peut donner une ou plusieurs pistes pour rechercher l'origine de la famille Nicollon. Intéressante à ce point de vue est la maison de Palluau, car elle a presque certainement été habitée par le grand-père de Pierre : Basile Nicollon, marié en premières noces en 1695 à Palluau (avec Marie Morineau) avant d'épouser en secondes noces Suzanne Mercier. L'estimation de la valeur de cette maison est faible : 2.000 F, mais l'expertise précise que la maison a été incendiée. Elle est décrite dans le partage :
Plusieurs chambres basses et hautes, caves, masure de grenier, et ménagerie joignant cette maison du côté du midi, écurie du côté du nord, jardin derrière la maison, cour au-devant, ruage et emplacement de fumier devant l'écurie, plus un petit jardin séparé par le ci-devant jardin de la Cure, plus des masures de granges, toiteries, boulangeries, cour et petit jardin vis-à-vis de ladite maison, le grand chemin entre deux.
 
Les Nicollon habitant La Rochette de Landeronde n'avaient d'ailleurs pas coupé leurs liens avec Palluau, car on les voit à plusieurs reprises, notamment entre 1750 et 1770, signer comme témoins sur les registres paroissiaux de Palluau.
 
 
 
1799 Nouvelle insurrection
 
En juin 1799 les Vendéens croient le moment favorable et reprennent les armes. Vrignault, Forestier réunissant les premières bandes, puis d’autres chefs prennent la place de Cathelineau et Charette, et en septembre 1799 d’Autichamp de Grignon, Suzannet (sorti de sa retraite fit sonner le tocsin dans les cantons de Belleville, Legé, La Roche et prit la tête des anciens soldats et officiers de Charette, se partageant le commandement de la Vendée militaire.
 
Le Comte de Suzannet prend le commandement de l’ancien territoire de Charette, Pierre Nicollon des Abbayes, devient l’un de ses principaux officiers, et prend le commandement des deux divisions du Marais et des Sables. Dès lors, Pierre participe aux combats de la campagne : Challans, les Lucs, Montaigu où il se montre digne en tout point de l’héroïsme vendéen car pendant toutes ces hostilités il se bat avec courage et sera même blessé.
 
Le texte qui suit de P. Martineau fait référence à Pierre Nicollon des Abbayes.
" Entre temps nous sommes au début de I799 : toujours pas de prêtre et d'église à Soullans. Tout le Marais avait la nostalgie de sa Messe . La question religieuse n'était pas loin de fomenter une nouvelle insurrection ! Cette nouvelle insurrection, allait soulever non seulement le Marais mais tout l'Ouest : de la Bretagne à la Gâtine. Les paysans en effet jusque-là amis de la paix se demandant si l'heure n'est pas venue de décrocher les fusils pour retrouver ces beaux dimanches et cette Messe dont la nostalgie les tourmentait. Obscur débat qui les tourne d'instinct vers les chefs qu'ils laissaient se démener seuls depuis quatre années. Dans la nuit du 20 au 2I Octobre I799, 2000 soldats avec le comte Godet de Chatillon pénètrent par surprise au cœur de Nantes. L'aubergiste Lecouvreur, ancien divisionnaire de Charette secondé par Voyneau du Bourg sous la Roche se porte sur le marais avec Pierre Nicollon des Abbayes natif de Landeronde qui se trouve à la tête de 400 fantassins et de 50 cavaliers. À la Toussaint, ils sont à Apremont où ils perdent 9 hommes. Un autre détachement prend Machecoul. Challans est aux abois et le II Novembre, le District défend aux maraîchins de prêter leurs yoles aux Rebelles et aux suspects. Il était bien temps le lendemain I2 novembre I799 toute la division Lecouvreur se concentrait à Soullans où elle trouvait armes, vivres, chevaux et 60 recrues de la paroisse. Sans coup férir, le Marais était ouvert et quelques jours après, l'Armée Royaliste y réunissait 2.000 hommes. C'est un tel enthousiasme que l'armistice arrêté entre Vendéens et Républicains leur est lettre morte. Le I5 Décembre, ils pourchassaient encore le général Travot à St Gilles. Le I0 Janvier I800, c'était au tour de Challans de se voir investi par 600 Royalistes avec à leur tête Nicollon des Abbayes.
 
 
 
Combat de Sallertaine
 
Pierre Nicollon des Abbayes est nommé en 1799 par le Comte de Suzannet chef des deux divisions du Marais. En janvier 1800, Pierre livre un très dur combat à Sallertaine, il commande en chef les deux divisions du Marais soit un groupe de six cents hommes contre le général Travot.
 
Pierre Nicollon des Abbayes refusa de mettre bas les armes malgré ses positions délicates. "Le général Travot avec des forces redoublées doit faire face de tous les cotés à la fois". "Le 25 frimaire à Sallertaine, près de Challans, Travot accompagné d’une escorte trop réduite est enveloppé par une foule ardente acharnée à sa capture, il doit sauter haies et fossés dans un galop éperdu pendant 6 heures".
Malgré leur courage, les Vendéens sont battus et obligés de capituler.
 
Trois jours après, Pierre essaye de lever une nouvelle bande dans le Marais du Perrier. Il est battu une seconde fois, perd son cheval et reçoit deux coups de sabre, il est gravement blessé à la tête.
 
Après quelques mois de campagne, Pierre est obligé de cesser la lutte tout en restant par ailleurs fidèle au trône et à l’autel.
 
La guerre se termine, les procédures d'amnistie vont commencer.
 
 
 
Début de la procédure d'amnistie
 
Pour établir ces dossiers, il faut des certificats de résidence, le plus souvent ceux-ci sont mensongers. Pour Pierre, on retrouve une attestation de résidence du 9 mai 1792 au 31 juillet 1793 à Nantes, et une attestation de résidence du 14 thermidor an I au 20 thermidor an VII sans interruption à la Chapelle-sur-Erdre.
 
 
 
Trois descriptions du physique de Pierre :
 
Le certificat de Nantes, du 23 messidor an VIII donne un signalement de Pierre qui est probablement véridique :
 
Age 36 ans, taille 1,77 m, cheveux et sourcils brun, front ordinaire, yeux roux, nez petit, bouche ordinaire, menton fourchu, visage ovale.
 
Mais il y a des nuances avec le certificat de la Chapelle sur Erdre du 10 floréal an VIII : Age 36 ans, taille 1,77 m, cheveux châtains, sourcils châtains, front couvert, yeux roux, nez un peu aquilin, bouche moyenne, menton fourchu, visage plein.
 
Le certificat de Saint Julien de Courcelles d'avril 1792 donne un autre signalement : 1,80 m, cheveux, sourcils et barbe noirs, front large, yeux roux, nez ordinaire, bouche moyenne, menton ordinaire, visage ovale.
 
 
 
Amnistie et radiation de la liste des émigrés
 
Le 7 nivôse an VIII (1800) est intervenu un arrêté des consuls portant amnistie entière et absolue aux habitants des départements de l'ouest.
En application de cet arrêté, "le citoyen Nicollon des Abbayes" reçoit le 9 pluviôse an VIII (janvier 1800) un ordre de route pour se rendre à Landeronde.
Il faut ensuite obtenir la radiation de la liste des émigrés.
 
Pierre déclare avoir demandé cette radiation dans les délais légaux (le 9 messidor an VIII = juin 1800) directement au ministère de la police générale. Il adresse en thermidor an VIII une requête au préfet pour obtenir :
1/ Radiation de la liste des émigrés.
2/ Réintégration provisoire dans la jouissance de ses biens.
3/ Restitution de fruits et revenus.
 
Le préfet de Fontenay le Peuple, donne avis favorable, mais pour la radiation seulement. Pierre est dénommé dans ce dossier : "Nicollon dit des Abbayes Pierre"
Le 3 frimaire an IX (1801), promesse d'être fidèle à la Constitution. Parallèlement, Jean-Joseph a suivi la même démarche : certificat de résidence (de complaisance) à Saint Julien de Courcelles d'avril 1792 jusqu'au 3 ventôse an X, "ordre de route" pour Saint Julien de Courcelles du 9 pluviôse an VIII, requête en radiation de la liste des émigrés du 11 germinal an X. Le 18 germinal an XII (an 1804), les deux frères obtiennent des certificats d'amnistie et la levée du séquestre sur ceux de leurs biens qui n'ont pas été vendus. Il est rajouté sur l'arrêté concernant Pierre "et dont au surplus il a la jouissance".
 
 
 
Mariage de Pierre
 
Le 8 février 1804, Pierre, à quarante et un ans, épouse à Saint Hilaire de Talmont Julienne Adèle Simon de Galisson, âgée de vingt-quatre ans, native des Sables d’Olonne.
 
Famille de Julienne Adèle Simon de Galisson :
Père : Jean Baptiste Jacques Vincent Symon Galisson, mort à Londres en avril 1795 (et son acte de décès dressé plus tard à Nantes).
Mère : Marie Anne Gaudin, était morte le 23 fructidor an IX à Saint Hilaire de Talmont. Nous avons vu qu'elle avait été détenue aux Sables sous la Terreur en même temps que Thérèse Nicollon, elle possédait la propriété du Breuil, proche du Veillon, acquise par la famille Gaudin en 1715.
Grands-parents maternels : Pierre Nicolas Gaudin Sr de la Bacconnière et Marie-Anne Lodre.
Arrières grands-parents maternels : André Gaudin, maître de navire aux Sables époux de Catherine Servanteau.
Arrières grands-parents : René Lodre et Marie Febvre. (Ce rené Lodre doit être descendant du dessécheur de marais René Lodre mentionné dans un édit de 1607 et qui se vit conférer un privilège de noblesse accordé à certains dessécheurs. Le 25 mars 1784 les sieurs Deloinne et de Galisson, agissant pour le compte de leurs épouses respectives nées Gaudin, vendaient à Jean Chauveau et à son épouse leurs parts et portions dans les relais de La Faute, autrement appelés la pointe d'Arçais et de la paroisse de La Tranche. Les droits résultant de cet acte faisaient encore l'objet de contestations entre les descendants de Jean Chauveau et l'Administration deux siècles plus tard).
 
Assistent au mariage de Pierre Nicollon des Abbayes: Jean-Joseph, frère du marié,
Henriette, sa sœur, Thérèse, son autre sœur et Joseph Joachim Vital Gaudin,
Henriette, sœur de la mariée, avec son mari Antoine Jean Baptiste de Loyne de la Coudraye, Augustin de la Laire, ami des mariés.
 
En 1804 on retrouve la trace de Pierre dans une lettre signée Gabery
" des Abbayes et tous les autres chefs de la Vendée réussirent à grand peine par tous les moyens à lever 800 hommes… " Pierre déclare de son côté qu'il s'agit de 1.900 hommes.
 
Pierre vécut à Landeronde en Vendée sous l’Empire, surveillé régulièrement par la police impériale. Le 13 pluviôse an XIII (1805), naissance d'un premier enfant : Pauline Françoise Adèle.
 
En 1806, Pierre qui administre les biens de sa femme, fait quelques échanges de terres à Saint Hilaire de Talmont.
En 1808, l'Administration des Domaines tente de poursuivre le recouvrement des fermages Nicollon échus avant l'amnistie, qui appartiennent à l'Administration mais qui ont été perçus par les frères Nicollon de l'Aumondière.
En 1809, naissance de Louis Augustin.
En 1811, naissance d'Albin Cyrille.
En 1814, naissance d'Esther Frédérique Amélie.
 
 
 
Ordre de Saint Louis 1814
Louis XVIII retrouve son trône et le 7 novembre 1814, Pierre est fait chevalier de l’ordre de Saint Louis. L’ordre royal et militaire de Saint Louis dont l’idée première revient au maréchal de Luxembourg fut établi par Louis XIV en 1693, pour récompenser les services rendus par des officiers de terre et de mer, sans distinction de naissance professant la religion catholique. Suspendu à un ruban moiré de couleur feu l’insigne consistait en une croix d’or à huit pointes perlées, émaillée de blanc, bordée d’or, anglée de fleurs de lis d’or, au champs de gueules, chargée au centre de l’effigie de Saint Louis tenant dans sa main droite une couronne de laurier et de la gauche une couronne d’épines avec les clous de la passion. Sur le cercle azur qui entourait le médaillon on lisait la légende en lettre d’or " ludovicius magnus instituit 1693 ". Au revers de la médaille sur émail rouge, était une épée flamboyante, la pointe passée dans une couronne de laurier liée de l’écharpe blanche avec cette devise en lettre d’or sur anneau d’azur " bellicae virturio praemium ". L’ordre était composé de Grands Croix, de Commandeurs et de Chevaliers. L’ordre de Saint Louis fut aboli par la Révolution, mais rétabli au retour de Louis XVIII, puis disparut définitivement en 1830.
 
Chevalier de l'Ordre militaire de Saint-Louis
N° 3802 2ième série
en faveur de M. Nicollon des Abbayes de L'Aumondière, ancien officier, LOUIS, par la grâce de Dieu, Roi de France et de Navarre, Chef souverain, Grand-Maître et Fondateur de l'Ordre Militaire de Saint-Louis à tous ceux qui ces présentes Lettres verront, Salut.
Étant bien aise de donner au Sr Pierre Nicollon des Abbayes, ancien officier des marques de distinction, en considération des services qu'il nous a rendus, nous avons cru que nous ne le pouvions pas faire d'une manière qui lui soit plus honorable qu'en l'admettant au nombre des Chevaliers de l'Ordre militaire de Saint-Louis, institué par l'Edit du mois d'avril 1693, étant bien informé des services ci-dessus, et qu'il professe la religion catholique, apostolique et romaine. À ces causes, nous avons fait, constitué, ordonné et établi, faisons et constituons, ordonnons et établissons, par ces présentes signées de notre main, le Sr des Abbayes, Chevalier dudit Ordre de Saint-Louis, pour par lui jouir dudit titre de Chevalier, aux honneurs et prérogatives qui y sont attachés, avec faculté de tenir rang parmi les autres Chevaliers dudit Ordre, et de porter sur l'estomac une croix d'or émaillée, suspendue à un petit ruban couleur de feu, et sur laquelle il y aura l'image de Saint-Louis, à condition d'observer les statuts dudit Ordre, sans y contrevenir directement ni indirectement, et de se rendre à notre Cour, toutes et quantes fois nous lui ordonnerons pour notre service, et pour le bien et utilité dudit Ordre. Si donnons en Mandement à tout Grand Croix, Commandeurs et Chevaliers dudit Ordre militaire de Saint-Louis, de faire reconnaître le Sr des Abbayes Chevalier dudit Ordre, de tous ceux et ainsi qu'il appartiendra, après toutefois qu'il aura prêté le serment requis et accoutumé. En témoin de quoi, nous avons signé de notre main ces présentes, que nous avons fait contresigner par notre Ministre Secrétaire d'Etat ayant le département de la Guerre.
Donné à Paris, le septième jour de novembre de l'an de grâce mil huit cent quatorze.
Signé : LOUIS
Par le Roi, Chef souverain, Grand-Maître et Fondateur de l'ordre militaire de Saint Louis.
(signé le Maréchal)
Sur le coté gauche du document :
Vu au Sceau è Signé : Le Chancelier de France
 
 
 
Pierre est adjoint au Maire de Landeronde
 
En décembre 1814 Pierre est nommé adjoint au maire de Landeronde, en remplacement d'un certain Bironneau qui a transporté son domicile à Talmont.
 
 
 
Rapport du ministère de la Guerre en 1815
 
En janvier 1815, le ministère de la Guerre établit et adresse au Roi, un long rapport contenant les états de service des Vendéens, ce qu'ils demandent et les observations particulières, les états étant classés par armées :
 
ARMEE DE CHARETTE ET SUZANNET
DIVISION DES MARAIS
Nicollon des Abbayes, chef de division
Etats de services :
A servi dans la gendarmerie avant la Révolution ; a fait dans ce corps la campagne de 1792 ; rentré en Vendée, y a fait la guerre ; a été blessé en 1799 et arrêté à cause de son attachement au Roi.
Demande :
Confirmation de son grade ou celui de porte-étendard dans la gendarmerie, si elle était rétablie. La croix de Saint Louis et des lettres de noblesse.
Observations :
A servi dans la gendarmerie rouge avant la Révolution et en émigration. Rentré dans la Vendée, blessé en 1799, officier très estimable, a de l'influence dans nos pays. Très bien né.
 
ARMEE DE SAPINAUD
État de MM. les officier émigrés et autres de la Vendée qui n'ont pas pu faire les premières campagnes, mais qui ont été compris dans le travail d'organisation de l'armée, en 1799 et 1814...
Nicollon des Abbayes, chef de division, propriétaire.
État de service :
Émigré rentré ; ayant servi dans Loyal Emigrant. Armée de Charette en 1796 et à l'Armée du Bas Poitou en 1799.
En mars 1815, une ordonnance royale décide des promotions, confirmations de grade, nominations comme chevalier de Saint Louis, nomination dans la Légion d'honneur, félicitations, bénéficiaire d'un secours annuel ou solde de retraite, lettres de noblesse.
Commentaire de M. de la Trémoille, signataire du rapport, concernant les officiers susceptibles d'obtenir des lettres de noblesse :
"Ils sont assez peu nombreux et ne comprennent que des militaires qui appartiennent à des familles honorables, qui jouissent d'une fortune honnête et qui ont donné dans les combats des preuves de valeur et de dévouement à la monarchie, suffisantes pour mériter d'appartenir à la noblesse française."
 
 
 
Les Cent Jours (20 mars 1815 - 22 juin 1815)
 
Les Cent Jours viennent interrompre l'application de cette ordonnance.
Au préfet de Vendée ordre est donné d'éloigner de la Vendée et des départements voisins "neuf individus très dangereux : Caillaud, de La Chaize ; Robert de Saint Jean de Monts ; Robin, curé de Champ Saint Père ; Nicollon des Abbayes, de Landeronde ; Du Landreau jeune, homme violent et de très mauvaises mœurs, de Suzannet ; Allard, de Saint Cyr des Cats, de Montbreuil, émigré rentré, ayant peu de moyens ; Saint Hubert, des Herbiers".
 
 
 
Nouveau soulèvement de Vendée
 
Enfui de l'île d'Elbe à bord de l'Inconstant le 26 février 1815, Napoléon retrouvait Paris le 20 Mars. C'était le vol de l'aigle de clocher en clocher, Louis XVIII avait dû s'enfuir et le Marais en est d'autant plus atterré que la conscription recommençait.
Napoléon qui revoyait toute l'Europe liguée contre lui et préparait Waterloo avait besoin de soldats.
 
Partout se lèvent des bandes de récalcitrants que l'Angleterre veut aider en envoyant les armes qui manquent.
 
À la tête des révoltés contre Napoléon et pour Louis XVIII : Louis de La Rochejaquelein. Sous ses ordres, Pierre Nicollon des Abbayes comme nous allons le voir, se couvrira de gloire durant cette période.
 
 
 
1/ Une lettre du Comte de Suzannet datée de Legé le 16 mai 1815 :
"Je vous avais écrit ce matin mon cher des Abbayes. Je suis arrivé ce matin avec quinze cent hommes des paroisses du Loroux, la Chapelle, Basse Mer, Maisdon.
J'ai un grand nombre d'officiers qui ont servi. Je vais partir à une heure. Je marche sur Saint Gilles. J'ai à peu près quatre mille hommes ici, mais il y a beaucoup de bâtons. Sans bouger du secret qu'ici nous avons peu de munitions ; j'espère en avoir d'ici deux jours en abondance. Vous proposez à Monsieur de Charette de se réunir cela ne se peut pas. Suivez notre mouvement, tenez au détachement pour que nous sachions si Bourbon ne marche pas sur nos derrières, cela est absolument important. L'ancienne division de Rezau doit arriver ce soir à Palluau, à moins qu'elle n'ait été retardée par un petit détachement de cent cinquante Bleus qui aurait été conduire des chevaux de remonte à Nantes par Montaigu et qui a du coucher à Montaigu. J'appellerai à Comequieu, j'espère y trouver Gautet qui a été cette nuit à Légé. Le général Sapineau doit faire un mouvement sur Bourbon, il est important de se mettre en garde sur les sorties que pourraient faire Travot. Je regrette de n'avoir point eu le plaisir de vous voir et j'espère qu'une fois mon opération terminée nous nous réunirons.
Adieu, mon cher des Abbayes croyez à ma sincère amitié."
Signé le Comte de Suzannet
Légé, ce 16 mai 1815
Soyez, je vous prie, mon interprète auprès de nos amis communs.
 
 
 
2/ Une lettre du Marquis Louis de la Rochejaquelein le 18 mai 1815
 
Une lettre du Marquis de La Rochejaquelein, maréchal de camp, à Monsieur le chef de division des Abbayes à Saint Gilles, daté de Croix de Vie ce 18 mai 1815 (lendemain du jour où La Rochejaquelein, venant d'Angleterre, a rencontré de Suzannet).
 
"J'ai l'honneur de vous prévenir que j'ai donné l'ordre à Monsieur Basher* de prendre le commandement de toutes les divisions qui se trouvent à Saint Gilles et qui pourraient y arriver pendant l'absence de Monsieur de Suzannet ou la mienne.
Je ne doute pas de la bonne intelligence qui règne entre vous messieurs les chefs de divisions. Je connais vos sentiments et votre conduite et je compte sur vous comme vous devez compter sur mon bien sincère attachement"
Votre dévoué serviteur
Le Marquis de La Rochejaquelein
Maréchal de camp
Croix de Vie le 18 mai 1815
 
Jopeph-Julien Basher, né à Nantes en 1762, contrôleur de la marine en 1782, émigré en 1791, à l’Armée des Princes en 1792, venu en Vendée avec le chanoine Brumauld de Beauregard en 1795, porteur des instructions du ministère anglais de Charette, employé à diverses missions par l’Agence royale de Paris en 1796-1797, prit une part active aux soulèvements de 1799, 1815 et 1832 ; colonel et anobli sous la Restauration, exilé après 1832, il mourut à Nantes en 1836. Plus diplomate et négociateur que combattant, il fut assez diversement apprécié par ses contemporains qui lui reprochaient ses tendances à la flagornerie et un certain arrivisme cauteleux.
 
 
 
Luttes contre Travot
 
En 1815, pour la troisième fois, les Vendéens reprennent les armes, Pierre Nicollon des Abbayes est au premier rang parmi les insurgés. Nous sommes pendant la période des Cent Jours.
 
Sous les ordres de Suzannet, il rejoint Louis de La Rochejaquelein le 15 mai 1815 sur les plages de Saint Gilles Croix de Vie, où débarquent pour la première fois des munitions provenant d'Angleterre: fusils, cartouches, barils de poudre. Aussitôt arrivé Louis de La Rochejaquelein expédie à Portsmouth un avis pour que l’on mette à la mer les autres expéditions promises. Louis est rejoint par son cousin Suzannet qui est déjà à la tête de 4.000 hommes, par son frère Auguste dit le "Balafré" et ses Poitevins et par le général Sapineau avec une armée de 3.000 hommes.
 
Note: Le Marais a sa division et son colonel : Jacques - François Robert de Lézardière : appelé Robert des Chateigners, secondé par son frère Pierre Charles Robert de Lézardière, ancien Officier de Marine et préposé aux Douanes de Soullans.
 
Les armes sont débarquées au Havre de Vie, les Maraîchins se servent les premiers et au mieux. Le reste est envoyé au Bocage sur des charrettes à bœufs.
 
Du côté des partisans de Napoléon, on retrouve le général Travot et une troupe importante et bien armée qui connaissait la Vendée, il y avait fait déjà leurs preuves en 1799. Le général Travot ayant eu connaissance de ce débarquement se met aussitôt en route pour intercepter le convoi. De la Roche, Travot monte avec sa troupe sur le Marais. Il veut d'abord barrer la route au convoi d'armes.
 
Les charrettes portant la part réservée aux armées autres que celle des Maraîchins prennent la route, traînées par des bœufs. Pierre Nicollon des Abbayes, lieutenant de Suzannet, escorte le convoi dans le bocage. Par les durs sentiers du marais, dans la terre molle, les charrettes portant la part de munitions réservée aux armées d’Autichamps et d’Auguste de La Rochejaquelein se mettent péniblement en route. Le choc a lieu à l'Aiguillon.
 
 
 
Combat de l'Aiguillon
 
La route est à peine entamée que le général Travot retrouve le convoi aux environs du bourg de l'Aiguillon sur Vie le 19 mai. La troupe que commande Pierre Nicollon des Abbayes est inférieure en nombre (1.900 hommes, le général de Suzannet en ayant emmené un fort détachement deux jours auparavant en quittant Saint Gilles) et mal armée (des fusils français, quelques fusils anglais et beaucoup de cartouches anglaises qui ne convenaient pas au calibre français). Le combat dura six heures. D'abord encerclé par les Troupes de Travot, Pierre Nicollon des Abbayes défend pied à pied le terrain, et force le général Travot à reculer. Il délivra ses chariots (sauf deux qui furent renversés) grâce à une habile manœuvre qu’exécutèrent Puytesson et Marans et laisse filer devant lui les charrettes.
 
Le combat fut terrible, d'après les sources républicaines, il y aurait eu deux cents morts du côté vendéen, et quarante du côté républicain. Le drapeau blanc est toujours à l’endroit le plus exposé au feu, celui qui le porte est tué, seize volontaires viennent se succéder à ce poste périlleux pour saisir et planter devant l’ennemi cet étendard que la mort seule à le pouvoir de faire lâcher. La cavalerie ennemie est défaite et malgré des renforts reçus n'a plus rien osé entreprendre depuis que le général Travot lui-même eut un cheval blessé. Le convoi poursuivit sa route sans obstacle.
 
 
 
3/ Une lettre du Comte de Suzannet le 2 ou 4 juin 1815
Une lettre du Comte de Suzannet à Monsieur Nicollon des Abbayes, chef de division à son quartier général, datée de Maisdon ce 2 ou 4 juin 1815 (soit quelques jours avant sa mort le 6 ou 10 juin 1815). " Il est instant de votre côté que vous réunissiez votre division pour secourir celles des Marais, de mon côté je vais réunir les divisions du Loroux Clisson Maisdon pour me porter à votre secours. L'Armée du Centre fera aussi un fort détachement pour se porter à votre secours sous peu de jours toutes les armées feront un mouvement général. Je m'en rapporte entièrement à vos lumières, votre zèle et votre courage."
(texte écrit de Robert des Abbayes, je n’ai pas vu cette lettre)
 
 
 
Combat des Mathes, juin I815
 
Le malheur de l'Armée Royaliste fut de ne pas avoir comme en I793 des chefs qui s'entendent. Contre Louis de La Rochejaquelein se dressent Autichamp et Suzannet. Dans la nuit du 20 au 21 mai se sera la débandade devant Aizenay, finalement les troupes se regroupent à Soullans et Challans. Les chefs logent au château de M. Badereau à la Mothe Fouquerant.
 
14 nouveaux vaisseaux anglais dont le "Bellérophon", celui la même qui bientôt va embarquer Napoléon pour Ste Hélène, débarquent à nouveau des armes à Croix de Vie. Le général Travot va à leur rencontre avec I.500 hommes, attaque Rié puis marche sur le Perrier par le Pont de l'Arche.
 
Louis de la Rochejaquelein veut l'arrêter au Pont des Mathes. Il donne à ses troupes la consigne formelle de garder la défensive jusqu'à l'arrivée du gros des Maraîchins. Tout à coup sur la dune apparaissent les Bleus. Les Bleus tirent aussitôt, mais les troupes sont trop éloignées et les fusils ne portent pas à cette distance, pourtant les Bleus décrochent ; une feinte que les Royalistes ne comprennent pas. "En avant, crient-ils, les Bleus se sauvent !" Leur chef, Louis de La Rochejaquelein, qui n'est pas dupe de la feinte veut les arrêter, mais rien n'y fait : "Attendez au moins les Maraîchins" , leur crient-ils.
"Bah, on cuira bien la fricassée sans eux ".
Les Vendéens attaquent, mais les Bleus résistent et sèment la panique dans les rangs des Blancs. C'est la panique, "Allons nous en les gars, allons-nous en", mais il est trop tard, le combat est engagé et ils ne doivent plus reculer. L'ardeur guerrière était vite tombée, le chapeau à la pointe de son épée pour les rallier, Louis de La Rochejaquelein crie : "Vendéens en avant ". Bravoure perdue, à peine 50 vaillants retenus par l'honneur, demeurent-ils à côté de lui à faire le coup de feu.
Soudains sur la gauche, des cris et des claquements de fusil arrivent du Marais proche. "Les Maraîchins arrivent" lance Louis de La Rochejaquelein qui attendait ces renforts. Pour s'en assurer, il grimpe sur un tertre de sable pour inspecter l'horizon, offrant ainsi une cible magnifique aux fusils des Bonapartistes qui sont là tout près.
 
On raconte que le général Travot, ému d'un si tranquille courage s'écria : "C'est trop de bravoure ! Ne tirez pas soldats !" Le lieutenant Lupin eut moins de noblesse : "Visez la capote bleue" , commanda-t-il à ses gendarmes. Atteint en pleine poitrine Louis de La Rochejaquelein glissa, ses compagnons le virent faire le signe de la croix et mourir. Au même moment arrivaient, mais trop tard les Maraîchins de Soullans, avec à leur tête le boiteux Guittonneau, jambinant et hurlant de sa rogane d'airain : "Rembare ! rembare ! " Prenant l'ennemi en travers, la bande du boiteux Guittonneau et ses Soullandais font perdre aux Bleus plus de monde qu'au cours de toute l'action. Le général Travot battit en retraite harcelé par les Royalistes. Sans doute, eut-il agi d'autre façon s'il avait su que l'homme "à la capote bleue" abattu par ses gendarmes était le Généralissime des Insurgés !
Dans la soirée, Louis de La Rochejaquelein fut enterré parmi ses soldats sans être reconnu.
 
Son frère, inquiet de ne pas le voir revenir, s'en retourna aux Mathes, fouilla les tombes et reconnut son malheureux frère. Après de pathétiques funérailles en l'église du Perrier, Louis de La Rochejaquelein reçut une sépulture provisoire au cimetière paroissial, en attendant que les conjonctures permissent la translation dans le caveau familial de St Aubin de Baubigné. En 1820 fut élevé à sa mémoire un monument en pierres brunes des Rochelles.
Sur ce tertre fut tué et ici couvert de terre
LOUIS de LA ROCHEJAQUELEIN
 

 

 

4/ Une lettre de Suzannet du 11 juin 1815
Le 11 juin 1815
À Monsieur Nicollon des ABBAYES
Chef de division
à son quartier général
Je vous avais écrit hier, j'étais si pressé que je ne vous avais point envoyé l'ordre pour prendre le commandement en chef de la division des Sables et de deux divisions du Marais, sous les ordres de Monsieur Robert de Chateigner et de la Barre. L'arrivée de 2000 à 2500 hommes de troupe à Nantes nous fait craindre qu'ils ne veuillent se porter sur la côte. Nous faisons des dispositions pour les harceler si nous ne sommes pas en mesure de les attaquer. La division de Marchewald et pays de Retz n'étant point encore levée, il ne nous est pas facile d'un instant à l'autre de faire un rassemblement assez considérable pour attaquer. Cependant je m'en occupe. Il est important de votre côté que vous réunissiez votre division pour secourir celle des Marais. De mon côté, je vais réunir la division du Loroux, Clisson, Maisdon, etc… pour me porter à votre secours. L'Armée du Centre fera aussi un fort détachement pour se porter à votre secours. Sous peu de jours, les armées feront un mouvement général et si les Bleus sont réunis, nous pourrons les attaquer. Il faut prendre la résolution de les chasser, nous réussirons. La difficulté, c'est d'être à même de les attaquer avec avantage et aussi d'éviter d'être surpris car nos troupes doivent attaquer et ne pas l'être. Lorsque vous ne serez pas en force de les attaquer, il faut les harceler, cela les inquiètera et ils ne sauront pas si de fortes colonnes ne suivent pas. Je vous ai envoyé copie de l'arrêté de tous les chefs des Armées Royalistes de la Vendée. Nous formons un tout d'aussi. Si nous eussions pu nous réunir avant la dernière expédition du Marais, sûrement elle eut réussi. Enfin nous avons pris la résolution de nous soutenir mutuellement est d'agir avec ensemble. Vous êtes sur les lieux, ce sont les circonstances qui doivent guider vos démarches. Je m'en rapporte entièrement à vos lumières, votre zèle et votre courage. Je vous rejoindrai bientôt. Je crains que la sortie de Travot par la Motte Achard ne gêne pas vos rassemblements. La division de Montaigu, Vieillevigne, Légé, Patuau reçoivent l'ordre d'envoyer de forts détachements pour vous soutenir. Je vais faire copier l'organisation générale qu'on va donner aux Armées de la Vendée afin que vous puissiez la faire exécuter dans votre division.
Adieu mon cher des Abbayes, croyez en ma sincère amitié.
de Suzannet au quartier général de Maisdon le 11 juin 1815
 
 
WATERLOO
Le 14 juin Travot occupait les Rives, le Marais, Soullans, il s'applique à préserver tout désordre et provocation de la part de ses troupes.
Les armes et les munitions devaient être livrées à l'administration, mais elles restent bien cachées et ne se rendent pas.
Le I8 juin 1815 - C'est Waterloo ! la fin des Cent Jours ! Louis XVIII rentre à Paris.
 
 
 
5/ Une lettre du 27 juin 1815 de Pierre Nicollon des Abbayes
Une lettre du 27 juin 1815 de Pierre Nicollon des Abbayes, chef de division à Monsieur le Chevalier Gazeau, de Laudraire à la Benatonière :
"De par le Roi
Mon cher camarade, notre division se rassemble demain ; il vous est en conséquence ordonné de réunir demain les habitants de Grosbreuil, en état de porter les armes, et de les conduire de suite au village des Arsis en Aizenay, où ils devraient être rendus demain, à deux heures après midi, tout soldat qui se refuserait au service qu'on exige de lui serait puni sévèrement. J'invite M. le maire de la commune de concourir avec vous, à la prompte exécution du présent ordre.
À notre quartier général 27 juin 1815" (soit neuf jours après Waterloo).
Signé Nicollon des Abbayes
Chef de division
 
Louis de La Rochejaquelein disparu, les chefs royalistes portent au Bocage des actions indécises. Dans tous les derniers combats, on retrouve Pierre Nicollon des Abbayes au premier rang, il se bat jusqu’au bout et est parmi les derniers en armes lorsque la paix est signée et que le Roi Louis XVIII revient le 22 juin 1815 à Paris.
 
 
 
6/ Une lettre signée L. de Mornac en date du 6 avril 1816 précise :
" Nous soussigné, chef d'état-major, commandant général le troisième corps certifions que Monsieur Nicollon des Abbayes Pierre ancien officier émigré à fait sous nos ordres la campagne de 1815 en qualité de chef de la division des Sables, que par ordre du 10 juin 1815 Monsieur le Général Comte de Suzannet, alors commandant en chef du troisième corps, lui avait donné le commandement supérieur des trois divisions : des Sables, du Marais et des Bouin, qu’il a dans ces circonstances, montré un dévouement sans borne et qu’il a servi avec la plus grande distinction. "
 
 
 
7/ Lettre de Guerry de Boijoly du 19 avril 1816
 
Nous soussigné certifions que Monsieur Nicollon des ABBAYES Pierre Chevalier de l’ordre Royal et Militaire de Saint Louis né à Landeronde département de la Vendée est entré au service dans le corps de la Gendarmerie de la Reine en mars 1784 que cet officier a fait la campagne de 1792 dans ce même corps recréé sous la dénomination d’Hommes d’armes à cheval à cette époque, que par son ancienneté de service il se trouvait être Premier ancien de la compagnie de Flandre.
Nous certifions de plus que Monsieur Nicollon de L'Aumondière Jean-Joseph son frère n’a fait dans ce corps que la campagne de 1792 en foi de quoi nous lui avons délivré le présent certificat pour valoir et servir ce que de raison.
A Saint Gervais département de la Vendée le 19 avril 1816.
De Guerry Beaulieu
Guerry du Boisjoly
Chevalier de Saint Louis
Légalisé le 22 avril 1816
À Bourbon Vendée par le Préfet de la Vendée et par délégation
Le Secrétaire Général
 
 
 
Pierre Nicollon des Abbayes protège du pillage la ville de Bourbon Vendée
 
Son dernier acte fut de protéger la ville de La Roche-sur-Yon (Bourbon Vendée) le 21 juillet 1815, menacée de pillage par les Vendéens, par des anciennes bandes d'insurgés que Pierre Nicollon des Abbayes avait commandées et qui envahirent le chef lieu du département. Beaucoup de ces insurgés qui n'avaient pas le désintéressement ni la générosité des beaux géants du temps de la grande guerre ne songeaient à célébrer le retour de la royauté qu'en malmenant les anciens fonctionnaires ou partisans du régime impérial et ils menacèrent même de mettre à feu et à sang tout dans la ville. Il y avait surtout un certain Joly qui se faisait remarquer par sa violence et jurait que lui et ses compagnons allaient livrer aux flammes les maisons de tous les bonapartistes. À ce moment accourt le commandant pour le Roi des divisions des Sables, le général Nicollon des Abbayes. Celui-ci arrête la cohue menaçante, s'adresse à Joly qui se trouvait être son fermier et son filleul ayant la réputation méritée d'un parfait ivrogne. Il lui parle d'abord avec bonté, avec fermeté ensuite, rien n'y fait. Joly alla jusqu'à menacer celui qui était son maître, son général et son parrain et qui s'opposait de toutes ses forces aux violences ainsi préméditées. À bout d'arguments, le général des Abbayes s'avance alors à la rencontre de Joly et regardant celui-ci bien en face lui dit après s'être découvert la poitrine "Tire donc sur ton parrain, si tu l'oses". Joly fut maté, lui et ses compagnons se retirèrent en maugréant, Pierre Nicollon des Abbayes reprit son autorité, et la ville fut sauvée.
 
À la même époque, Pierre Nicollon des Abbayes vient aux Sables proclamer le Roi Louis XVIII et recevoir les clefs de la ville des mains du maire M. Painevert.
L'année suivante, la municipalité de la Roche décide de manifester sa reconnaissance envers son sauveur et son héros.
 
 
 
8/ Registre des Délibérations de la ville de Bourbon - Vendée le 27 avril 1816 :
" Un membre a représenté que la ville avait les plus grandes obligations à Monsieur Nicollon des Abbayes, général de l'Armée Royale de la Vendée, qui commandait en chef les divisions qui occupèrent Bourbon-Vendée au mois d'août dernier et a demandé :
1° Qu'il lui soit voté des remerciements au nom du Conseil ;
2° Que la délibération fût adressée à son excellence le Ministre secrétaire d'état de la Guerre avec prière d'accorder à Monsieur des Abbayes le brevet du grade de Maréchal de camp qu'il a rempli avec distinction et que sa modestie ne lui a pas permis de demander.
Le Conseil, après avoir délibéré sur ces propositions,
Considérant que Monsieur le général Nicollon des Abbayes est entré au service du Roi en 1784 ; qu'il a émigré, fait toutes les campagnes de S.A.R. Mgr le Prince de Condé ; que, rentré en France en 1796, il a fait dans la Vendée la campagne de 1799, en qualité de chef de la Division des Sables, composée d'environ quarante communes et notamment de celle de Bourbon-Vendée ; qu'en 1815 il a, l'un des premiers, levé sa division, fait la campagne avec une rare intrépidité, et qu'enfin il a constamment honoré sa vie par la pratique de toutes les vertus ;
Considérant qu'au moment de l'occupation de la ville, M. le général des Abbayes y a maintenu la plus exacte discipline ; qu'il a protégé les citoyens, fait un service très actif sans vexer personne, et que, par sa fermeté et sa modération, il a éminemment mérité l'estime, la confiance, le respect et l'attachement dont il est généralement entouré.
Considérant qu'une conduite aussi honorable mérite, de la part du conseil municipal, un témoignage authentique de reconnaissance, et que c'est servir utilement Sa Majesté que de mettre ses ministres à même de récompenser dignement des services réels que ne flétrisse aucun souvenir importun, arrête:
 
Article 1er. Le Maire écrira à M. le général Nicollon des Abbayes pour lui offrir, au nom de la ville, en reconnaissance de la belle conduite qu'il a tenue et des services qu'il a rendus aux habitants, une épée sur laquelle seront gravés ces mots: GAGE DE RECONNAISSANCE OFFERT PAR LA BONNE VILLE DE BOURBON VENDEE A M. LE GENERAL NICOLLON DES ABBAYES.
 
Article 2. Expédition de la présente délibération sera adressée à S. Ex. le Ministre, secrétaire d'Etat de la Guerre, auquel le Conseil prend la liberté de recommander M. le Général des Abbayes, comme l'un des plus braves et des plus dignes chevaliers vendéens ; suppliant son Excellence de vouloir bien lui faire délivrer le brevet de son grade de maréchal de camp. Cette justice rendue à la fidélité modeste et à des services éminents sera une véritable récompense pour tous les compagnons d'armes du général qui la désirent depuis longtemps et excitera la reconnaissance particulière du conseil municipal de Bourbon-Vendée.
 
Article 3. L'épée votée par l'article premier sera remise par le Maire, à M. le général des Abbayes, en séance solennelle du corps municipal.
 
Article 4. Copie des présentes sera jointe à la lettre que M. le Maire est chargé d'écrire à M. des Abbayes.
 
En Conseil Municipal, à l'hôtel de la Mairie à Bourbon-Vendée, les jours, mois et an que dessus."
Signé : Tortat
 
Le brevet du grade de maréchal de camp ne sera jamais accordé à Pierre des Abbayes, malgré plusieurs réclamations énergiques de sa part. L'une d'elles souligne que "le commandement de la division des Sables a toujours procuré la qualité d'officier général, à celui qui en a été revêtu ;et que feu M. le comte de Suzannet, semble de nouveau m'avoir conféré ce titre le 10 juin dernier en ajoutant au commandement de la Division des Sables le commandement en chef des deux divisions du Marais, ce qui mettait deux colonels sous mes ordres." Pierre des Abbayes recevra : Une retraite de colonel et la Croix de Saint Louis
 
 
 
9/ Le Maire de la ville de Bourbon Vendée le 2 mai 1816
Bourbon Vendée le 2 mai 1816
Le Maire de la ville de Bourbon Vendée
A son Excellence le Ministre Secrétaire d’Etat de la Guerre
Monseigneur,
Monsieur Nicollon des Abbayes général de l’armée vendéenne a illustré sa vie par un dévouement absolu au Roi modèle d’intrépidité dans les combats, donnant pendant la paix l’exemple des vertus sociales et religieuses, il jouit dans le pays d’une confiance sans bornes et d’une influence qu’il emploiera toujours au bien de l’état. La ville de Bourbon Vendée qui a particulièrement les plus grandes obligations à Monsieur le Général Nicollon des Abbayes pour la conduite qu’il a tenue envers les habitants pendant l’occupation a crû devoir lui donner un témoignage éclatant de sa reconnaissance en lui votant le don d’une épée. Il a été en même temps décidé, Monseigneur que vous seriez supplié d’accorder à ce brave militaire le brevet de son grade de Maréchal de Camps. J’ai l’honneur de vous envoyer la délibération du corps municipal à ce sujet et de vous prier Monseigneur de bien vouloir prendre en considération la demande qu’elle contient.
Votre Excellence peut être assurée qu’elle ne saurait jamais rien faire qui fut plus agréable au département et surtout à la ville de Bourbon Vendée.
J’ai l’honneur……
Signé : TORTAT
 
 
 
10/ Le Maire de la Ville de Bourbon Vendée, le 2 mai 1816
À Monsieur le général Nicollon des Abbayes
Monsieur le général,
Un de mes devoirs le plus doux à remplir pour les hommes dans quelque position qu’ils se trouvent, est celui de pouvoir exprimer d’une manière quelconque les sentiments de reconnaissance ou d’attachements que peuvent leur avoir inspiré des services ou des vertus remarquables. Le conseil municipal de Bourbon Vendée, pressé de céder à ce besoin impérieux, vient, par une décision en date du 27 avril dernier, de voter que des remerciements vous seraient adressés et qu’une épée vous serait offerte au nom de la ville en reconnaissance de la conduite noble, des procédés justes et humains que vous avez mis en pratique à l’égard des habitants de Bourbon Vendée, pendant son occupation par l’armée vendéenne. Le conseil a également décidé qu’il serait envoyé au ministre secrétaire d’état au département de la guerre copie de la délibération avec prière de vous accorder le titre du grade de Maréchal de Camps, que vous avez rempli avec une si rare distinction et dont vous méritez la confirmation à tant de titre. Je vous envoie Monsieur le général copie de la lettre que j’adresse au ministre à cet effet, ainsi que celle de la délibération en question, veuillez recevoir en même temps les remerciements que je suis chargé de vous présenter au nom des habitants de la commune et de tous les membres du corps municipal. Veuillez recevoir l’assurance d’un attachement sans bornes qui ne peut éprouver d’altération puisqu’il est fondé sur le sentiment de reconnaissance le plus vif et sur la plus parfaite estime.
Ce que fait pour vous la ville de Bourbon Vendée est bien peu de chose en comparaison de ce qu’elle voudrait pouvoir faire pour reconnaître tout ce qu’elle vous doit, mais Monsieur le Général, l’attachement inviolable que vous portent ses habitants est en dessous de toute expression et cette certitude sera encore pour votre cœur la récompense la plus précieuse, et j’en suis certain la mieux appréciée. Je ne chercherai point à vous peindre jusqu’à quel point je suis enchanté de pouvoir être présent aujourd’hui, près de vous l’organe des habitants de Bourbon Vendée et je vous prie de croire que dans cette circonstance vous n’êtes peut être pas le plus heureux.
J’ai l’honneur d’être avec estime et amitié, général, votre très humble et très obéissant serviteur
Signé : TORTAT
 
 
 
11/ Le Maire de la ville de Bourbon Vendée le 17 juin 1816
À Monsieur le général Nicollon des Abbayes
Monsieur,
La ville célèbre jeudi prochain une fête publique à l'occasion du mariage de son altesse royale monseigneur le Duc de Berry, le même jour, le buste de sa majesté sera inauguré à l'hôtel de ville et c'est aussi ce jour qui a été fixé avec les autorités supérieures pour vous faire la remise de l'épée que le corps municipal vous a voté.
Je vous prie, général, de vouloir bien vous rendre aux vœux de la ville et à l'invitation particulière que je vous fais de vous trouver jeudi prochain à dix heures à Bourbon Vendée, pour prendre part à toutes nos fêtes et à recueillir le prix de votre belle conduite.
J'ai l'honneur d'être avec la plus haute considération,
Monsieur
Votre très humble et obéissant serviteur.
Signé TORTAT
 
 
12/ Le 28 avril 1816 Pierre écrit aux membres composant la commission crée pour l’examen des réclamations des anciens officiers.
Messieurs,
J’ai l’honneur de vous exposer que je ne puis envoyer aucun titre à l’appui de mes allégations concernant mes services pendant l’émigration.
Après la campagne de 1792 que je fis dans le corps des Hommes d’armes à cheval, Premier ancien de la compagnie des Flandre, je passai en Angleterre.
Le régiment de Loyal Emigrant se forma, je pris parti dans ce régiment, je fus sous officier dans la compagnie Colonelle, composée de volontaires nobles.
Après la campagne de 1793 au commencement de 1794 je passais à Jersey dans l’espoir de parvenir par cette voie à rejoindre les Royalistes de France.
N’y pouvant réussir, j’entrais dans le corps commandé par Monsieur le Marquis du Dresnay, dont on forma ensuite sous le commandement de Monsieur le Prince de Léon, des cadres d’officiers, que l’on devaient envoyer aux Royalistes de la Bretagne et de la Vendée.
 
Après la campagne de ce corps à Quiberon et à l’Ile d’Yeu et son licenciement en Angleterre dans l’Ile de Whigt à la fin 1796, je passais en France pour y attendre la première occasion favorable qui se présenterait aux Royalistes de reprendre les armes.
Dans un voyage aussi périlleux, je ne pouvais emporter avec moi aucun papier qui constatât mes services pendant mon émigration.
Je les laissais donc en Angleterre et depuis je n’ai pu me rappeler à qui je les confiais.
 
En l’an 1799 je fus nommé par feu Monsieur le Comte de Suzannet chef des deux divisions du Marais et au mois de janvier 1800 à l’affaire de Sallertaine où je commandais en chef, je fus grièvement blessé. Depuis la pacification du mois de février suivant, jusqu’en 1814 je n’ai cessé d’entretenir les habitants des campagnes et plus particulièrement ceux de la division des Sables, dans un sentiment de fidélité que tout français doit conserver pour son Roi. Pendant ce laps de temps, mon dévouement m’a une fois fait emprisonner, une autre fois mes papiers m’ont été enlevés presque au milieu de la nuit par la gendarmerie et qu’enfin j’ai été continuellement en butte à toutes les vexations de la police de Buonaparte.
 
Mais le dévouement que la division des Sables sous mes ordres, a montré dans la dernière campagne m’a procuré la satisfaction de voir que mes sacrifices n’avaient pas été inutiles. Le combat de l’Aiguillon qui a eu lieu le 19 mai dernier, où je n’avais à opposer à toutes les forces du général Travot que 1.900 hommes de ma division, car le général de Suzannet en avait emmené un fort détachement deux jours auparavant en quittant Saint Gilles. Ce combat n’a pas néanmoins été le moins glorieux de cette campagne pour les armées du Roi ; quoique mal armés, puisque nous n’avions que peu de fusils anglais et que les cartouches anglaises ne pouvaient servir au calibre de France, nous avons cependant défait complètement la cavalerie ennemie qui malgré beaucoup de renforts reçus n’a plus osé rien entreprendre depuis que le général Travot lui-même eut un cheval blessé.
 
J’ai l’honneur de vous exposer aussi Messieurs que le commandement de la Division des Sables a toujours procuré la qualité d’officier général à celui qui en a été revêtu, et que feu Monsieur le Comte de Suzannet semble à nouveau m’avoir conféré ce titre le 10 juin dernier en ajoutant au commandement de la division des Sables, le commandement en chef des deux divisions du Marais, ce qui mettait deux colonels sous mes ordres. Ne pouvant vous présenter Messieurs, la commission écrite que Monsieur de Suzannet me donna à cette occasion et qui a été perdue par les événements de la guerre je crois pouvoir y suppléer, en vous envoyant la lettre qu’il m’écrivit à ce sujet, et une attestation de Monsieur le Comte de Mornac qui a une connaissance parfaite de la chose.
 
La tranquillité admirable qui a régné dans la Vendée sitôt que nous avons occupé la ville de Bourbon Vendée le 14 août dernier et à laquelle je me plais à penser que j’ai beaucoup contribué est-ce me semble messieurs un titre qui doit suffisamment me recommander à la bienveillance de sa majesté.
 
J’ose exposer Messieurs, que quant aux pièces justificatives qui manquent à l’appui de mes allégations de services pendant mon émigration, vous voudrez bien vous en rapporter à la parole d’un officier qui n’a jamais manqué à l’honneur. Je vous fais passer ci-joint un certificat de mes deux anciens camarades, Messieurs Guerry de Beaulieu et Guerry de Boisjolly. J’ai pensé que cette pièce pouvait m’être nécessaire parce que le certificat qui me fut délivré en 1788 de mes services dans le corps de la gendarmerie était au nom de mon frère Monsieur Jean Joseph Nicollon qui n’a fait dans ce corps que la campagne de 1792. Je fis l’observation de cette erreur à Monsieur de Chamboran, porte-étendard de mon ancienne compagnie de la Reine qui commandait en 1791 notre rassemblement à Pralindes sur la rive droite du Rhin près de Coblence et qui me dit que se serait aisé à rectifier lorsque nous rentrerions en France. J’ai envoyé mon extrait de baptême il y a fort peu de jours à Monsieur le Vicomte de Foucauld, avant que les nouveaux modèles d’états de services nous eussent été communiqués. Je supplie donc la commission, Messieurs de prendre en considération, mon dévouement et mes services et de me proposer pour être promu au grade de Maréchal de camps. Si je ne puis obtenir la faveur d’être employé dans ce grade, je demande qu’au moins le brevet m’en soit accordé avec la demi-solde ou la retraite de colonel.
 
Je suis avec un profond respect, Messieurs, Votre très humble et très obéissant serviteur.
 Nicollon des Abbayes
Ancien chef de la Division des Sables
Chevalier de Saint Louis
 
 
 
Lettres patentes du titre de noblesse
 
Le 18 juin 1817 Louis XVIII remet des lettres de noblesse au nom de Pierre Nicollon de L'Aumondière.
 
Louis, par la grâce de Dieu, Roi de France et de Navarre, A tous présents et à venir Salut.
Voulant donner une marque de notre bienveillance au Sr Pierre NICOLLON de L'Aumondière, ancien colonel, Chevalier de notre Ordre Royal et militaire de Saint Louis, nous l'avons, par notre ordonnance du dix-huit juin mil huit cent dix-sept, décoré du Titre de NOBLE. En conséquence et en vertu de cette décision, notre amé le Sr NICOLLON de L'Aumondière, né à Landeronde, arrondissement des Sables d'Olonne, département de la Vendée, le vingt-sept mars mil sept cent soixante-trois, désirant profiter de la faveur que nous lui avons accordée, s'est retiré par-devant notre Garde des Sceaux Ministre Secrétaire d’état au département de la Justice, à l'effet d'obtenir nos Lettres Patentes nécessaires pour jouir de son titre et en faire profiter ses descendants. À ces causes, nous avons, de notre grâce spéciale, pleine puissance et autorité royale, Anobli, et par ces présentes signées de notre main Anoblissons ledit Sr NICOLLON de L'Aumondière, voulons qu'il soit censé et réputé Noble, tant en jugement que dehors, ensemble ses enfants, postérité et descendants mâles et femelles, nés et à naître en légitime mariage que comme tels, ils puissent prendre en tous lieux et en tous actes la qualité d'Ecuyer, et jouir des rangs et honneurs réservés à notre noblesse, et qu'ils soient inscrits en ladite qualité aux registres ouverts à cet effet par notre commission du Sceau. Permettons audit Sr NICOLLON de L'Aumondière, à ses enfants, postérité et descendants, de porter les Armoiries timbrées telles qu'elles sont désignées et figurées aux présentes et qui sont : D'azur ; à une croix d'argent ; parti de gueules, à deux épées d'argent montées d'or, les pointes en bas posées en sautoir ; et en pointe un lys d'argent : l'Ecu timbré d'un casque taré de profil, orné de ses lambrequins. Mandons à nos amés et féaux Conseillers en notre Cour Royale de Poitiers, dans l'arrondissement de laquelle ledit Sr NICOLLON de L'Aumondière est domicilié, de publier et enregistrer les présentes après avoir reçu de l'impétrant le serment de fidélité à notre personne et d’obéissance aux lois du royaume, lequel serment sera consigné à la suite de l'enregistrement des Lettres Patentes, et d'en envoyer copie à notre Commissaire du Sceau. Car tel est notre bon plaisir. Et afin que ce soit chose ferme et stable à toujours, notre Garde des Sceaux y a fait apposer, par nos ordre, notre Grand Sceau, en présence de notre Commission du Sceau.
Donné à Paris le troisième jour de février de l'an de grâce mil huit cent dix-neuf et de notre règne le vingt quatrième.
Signé : LOUIS
 
Pierre continuera cependant à porter le nom de Nicollon des Abbayes et déclarera ses enfants à l'Etat Civil sous ce nom qui est ainsi devenu celui de ses descendants.
Au dos du titre: Lues et publiées à l'audience publique de la première chambre civile de la Cour Royale séant à Poitiers en présence de l'impétrant qui a fait, la main levée, le serment de fidélité au Roi et d'obéissance aux lois du royaume, et enregistrées sur le registre de ladite Cour en requérant le 1er avocat général pour Monsieur le procureur général.
À Poitiers le treize juillet mil huit cent dix-neuf
Signé le Greffier en chef : Ginot
Enregistré à la commission du Sceau Reg : N N° 389
Signé le Secrétaire général du Sceau : Cavillier
 
 
 
Historique du titre d'écuyer
 
Titre presque ignoré, décerné par Louis XVIII et Charles X, que l'on appelle couramment les anoblis de la Restauration. Ce titre de tout temps avait été le premier degré de la noblesse. À l'origine, il était donné au personnage qui tenait l'écu de son seigneur, ce personnage, suivant le mot d'un auteur, "était un aspirant chevalier". De fait avec le temps, il ne concernera plus le porteur de l'écu, mais devint un titre de noblesse ; peu à peu l'écuyer est à égalité avec le chevalier.
Les chevaliers, remarque Monsieur de Saint Allais, perdirent de bonne heure plusieurs des prérogatives qui leur avaient donné tant d'avantages sur les écuyers. Ils admirent ceux-ci dès le XIV° siècle à se mêler avec eux dans les tournois et dans les gages de bataille, les écuyers, abusant de cette condescendance, s'en firent un droit pour prendre des armoiries et s'approprièrent même insensiblement les ornements qui étaient affectés anciennement aux écus des anciens chevaliers. Progressivement tout se trouva confondu dans un vaste chaos. On vit même le titre d'écuyer, pris distinctement par les nobles pour caractériser leur état de noblesse et même par des roturiers qui l'usurpèrent. Il faudra attendre le XVI° siècle pour voir les édits officiels concernant ce titre.
 
Chérin rapporte qu'une ordonnance royale de Charles IX en 1560, puis un placard du 17 février 1576 et un édit de juillet 1576, ordonnaient la recherche et la condamnation à l'amende des usurpateurs des qualités de noble, noble homme, écuyer, messire, chevalier et autres. L'ordonnance dite de Blois en mai 1579, fixe, selon Denisart, le premier texte accordant au titre d'écuyer une situation officielle.
Dès lors les édits sur le titre d'écuyer se multiplièrent : 1582. 1583. 1595. 1600. 1615. 1531. 1634. 1653. 1656. 1657. 1665. 1668. 1692. 1696. 1698. 1706. 1707. 1731. etc…
 
Ce titre est clairement défini comme étant possession des familles nobles et anoblies, transmissible à toute postérité mâle sans ordre de primogéniture. Synonyme de la vieille qualification de "Noble", c'est bien une qualité : Chérin cite un édit réprimant l'usurpation des qualités d'écuyer, marquis, comte, vicomte. Le décret du 19 juin 1790 abolit ce titre avec les autres titres et qualités nobiliaires.
 
Le titre d'écuyer sous la Restauration
Louis XVIII revenant d'exil en 1814 raye d'un coup de plume les années qui depuis la mort de son neveu Louis XVII avait fait de la France une république et un empire.
Il restaure donc tout naturellement les titres en vigueur sous l'Ancien Régime tout en reconnaissant dans une certaine mesure les titres de l'Empire. "La noblesse ancienne reprend ses titres ; la nouvelle conserve les siens. Ceci est assez ambigu puisqu'on sait que la noblesse impériale n'existait pas, qu'elle n'était que nationale et viagère et considérée simplement comme une haute distinction, qu'un titre donné par l'Empereur, décorait mais n'anoblissait pas. En fait Louis XVIII, souverain habile, ne veut mécontenter personne mais arriver par un biais à ses fins : à ses yeux un titre impérial demeure bel et bien un roturier s'il n'a pas été confirmé dans son titre par ses soins ou anobli. C'est pourquoi le titre d'écuyer occupe au temps de la Restauration, sa place dans la hiérarchie de noblesse, alors que l'Empire, précisément l'avait exclu comme trop représentatif de l'idée de noblesse de l'Ancien Régime. Il est curieux de remarquer que les lettres d'anoblissement de la Restauration accordent au nouvel anobli le titre de Noble et l'autorise à prendre en tous lieus et en toutes occasions "la qualité d'écuyer". En fait aucune distinction n'est faite entre titre et qualité ou entre noble et écuyer.
 
À la différence de l'Ancien Régime, ce titre ne s'acquiert que par lettres du Roi et non plus par charges ; il se trouve acquis à tous les descendants du nouveau promu sans distinction d'aînesse ou de primogéniture ; sa place vient immédiatement après le patronyme et doit être placée dans tous les actes avant les déclarations et indications de professions et s'abrège sous la forme "écr".
 
 
 
Pierre Nicollon des Abbayes témoigne en faveur de Travot
 
Mais dans les remous et les règlements de comptes du changement de régime en 1815, 1816, Pierre Nicollon des Abbayes fut amené à intervenir non seulement pour défendre ses propres intérêts, mais aussi pour apporter son témoignage à d'anciens compagnons et même à son ancien adversaire Travot. Travot avait combattu les Vendéens pendant toute la grande guerre de Vendée, mais il s’était toujours montré adversaire loyal et généreux. C’était lui qui ayant pris Charette en 1796, dans les bois de la Chabotterie, eut pour lui les plus grands égards, il aurait voulu sauver de la mort le héros vendéen.
 
Le gouvernement de la seconde restauration qui prodiguait les croix, les pensions et les honneurs de toutes sortes aux régicides et aux assassins des colonnes infernales, se fut honoré en épargnant le brave soldat auquel les Vendéens eux-mêmes rendaient hommage, mais les politiciens ne l’entendaient pas ainsi. Après les Cent Jours Travot fut arrêté et jugé à Rennes au début de 1816 devant un conseil de guerre trié sur le volet.
 
Parmi les témoins à charge convoqué devant ce tribunal de guerre beaucoup plus politique que militaire, figurait le général Pierre Nicollon des Abbayes. Alors que l'accusation comptait sur lui pour charger l'accusé, il n'hésita pas au contraire à faire l'éloge de Travot et à proclamer la bravoure et la loyauté du vieux soldat. Si bien que Travot, les larmes aux yeux, s’écria : " maintenant je n’ai rien à ajouter pour ma défense, tout plaidoyer sera superflu, après le témoignage que vient de me rendre mon généreux adversaire ".
 
Pierre Nicollon des Abbayes aimait à raconter ce fait comme une action dont il était fier et montre que les héros de la grande guerre étaient loin d’épouser les rancunes du gouvernement de Louis XVIII et de son entourage. Le tribunal condamne Travot à mort par ordre le 16 janvier 1816. Sur les réclamations qui s’élevèrent de toutes parts, la peine capitale fut commuée en celle de vingt ans de détention, mais le vieux soldat bouleversé par le verdict de ses pairs transformés en courtisans perdit presque aussitôt la raison. Finalement Louis XVIII lui accorda sa grâce en 1819. Travot reçut la maison de la Batardière en 1824 et vécut encore dix-sept ans en se retirant dans une maison de santé de Montmartre où il mourut le 7 janvier 1836.
 
 
 
Autres citations où l'on parle de Pierre:
 
Dans le grand rapport de La Trémoille du Ministère de la Guerre au Roi, on peut lire dans les observations concernant Mercier (Frédéric) capitaine de cavalerie : "fort recommandé par le chef de division des Abbayes". (Ce Mercier est probablement un cousin de Pierre Nicollon des Abbayes).
 
Il existe aussi un brouillon des Etats de services du Vendéen Piquard, qui a combattu dans les armées de Charette, puis de Suzannet, état dont les "observations" sont signées Nicollon des Abbayes. Cet état est d'ailleurs intéressant car il y apparaît que Piquard aurait tué le général Haxo fin 1794 à la bataille des Clouzeaux, alors qu'il est dit par certains historiens que Haxo, très grièvement blessé, se serait brûlé la cervelle pour ne pas tomber vivant entre les mains de ses ennemis.
 
Pierre Nicollon des Abbayes en 1817 a de nouveau un fils : Gabriel.
 
Le 22 septembre 1821, Pierre Nicollon des Abbayes a cinquante-huit ans, naît son dernier fils Henry Pierre, duquel descendent les Nicollon des Abbayes actuels.
Pour déclarer cette naissance à l'Etat Civil de Landeronde :
" .......est comparu... Monsieur Nicollon des Abbayes Pierre ancien colonel de l'Ordre royal et militaire de Saint Louis, demeurant à la Maison de La Rochette.
 
 
 
Liquidation du "milliard des émigrés"
 
Lors de la liquidation du "Milliard des émigrés" (indemnités dues par la République), il se posa pour l'épouse de Pierre Nicollon des Abbayes un problème successoral difficile, pour lequel on n'hésita pas à consulter le Conseiller Chauveau Lagarde, président de l'Ordre des Avocats aux Conseils du Roy et à la Cour de Cassation, qui rédigea une longue étude, malheureusement négative.
 
Madame de Galisson épouse Nicollon des Abbayes dut finalement partager par moitié l'indemnité concernant les biens situés en Loire inférieure qui avaient appartenu à son père, avec un certain Gaspard Jean Baptiste de Loyne de la Coudraye son beau-frère (qui se trouvait pour 1/4 aux droits de son père et pour 3/4 aux droits de sa sœur consanguine Adèle Julienne de la Coudraye nièce de Madame des Abbayes). (tous ces documents existent j’en possède une copie).
L'indemnité totale était de 66.594 F dont les des Abbayes reçurent 33.297 F, vers l'année 1826.
 
 
 
Jean-Joseph reçoit la médaille de Saint-Louis
 
En septembre 1826, passage de la Duchesse d'Angoulême en Vendée et inauguration de la statue de Charette à Legé. " La statue de Charette fut dressée. L'évêque de Nantes Mgr de Guérines, le Préfet, le Général Despinois, quatorze divisions de l'ancienne armée de Charette entouraient le neveu du héros, Athanase de Charette. Des canons de la grande guerre étaient servis par leurs artilleurs. Un vaste banquet dans la prairie termina la fête."
 
Jean-Joseph Nicollon de L'Aumondière reçut à cette occasion la croix de Saint Louis. On peut penser que Pierre Nicollon des Abbayes assistait à cette cérémonie, comme il a dû assister quelques années auparavant au mariage de Jean-joseph avec une demoiselle Veillon de Boismartin. Jean Joseph Nicollon vécut tout près de Landeronde, à Saint Flaive des Loups, où il fut fermier général de La Lyère.
 
On trouve aux archives de la Guerre (n° 3802-2°) une pièce curieuse : un acte de notoriété extrait des minutes du greffe de la Justice de Paix du Canton de Bourbon Vendée du 20 février 1827 prouvant que Pierre des Abbayes est la même personne que Pierre fils de Jean-François Nicollon de L'Aumondière.
 
On ignore à la suite de quelle tracasserie administrative Pierre dut fournir cette pièce.
 
En 1829, Pierre Nicollon des Abbayes est malade, et un acte d'échange sous seing privé est signé : " pour mon père étant malade, des Abbayes" (peut être par Louis Augustin né en 1809).
 
 
 
Mort de Pierre
 
Le 5 février 1832, Pierre meurt, âgé de soixante-neuf ans. Il est enterré à Landeronde. Il laisse pour héritiers trois enfants : Louis Augustin, Henry Pierre, Françoise Adèle des Abbayes épouse Paul Dupuy. On ne sait où est mort Louis Augustin et s'il a eu des descendants.
 
En 1922, la tombe de Pierre des Abbayes disparaît du cimetière de Landeronde pour faire place au monument aux morts de la guerre 1914 - 1918 (ce fait n'est pas certain d'après Denise des Abbayes, veuve de François, propos rapportés par mon cousin Bertrand). Pourtant, un article d'un journal local daté du 11 juin 1922 (que je n'ai pas vu, mais dont on m'a communiqué le texte) disait : " À l'occasion de l'érection du monument des soldats de Landeronde, morts pour la patrie, les restes du célèbre général vendéen Nicollon des Abbayes (1763 - 1832) de son épouse née Galisson (1780 - 1859) et de leur gendre, François Paul Dupuy (1799 - 1849) ont été exhumés et réunis dans une fosse commune sous le nouveau mausolée qui s'élève, imposant au milieu du cimetière, sur l'emplacement des vieux tombeaux détruits. Aucune plaque commémorative ne rappelle le souvenir du héros vendéen, mais il continuera de vivre dans l'histoire ".
Article signé E. Gauvrit
 
Pierre sera toujours resté fidèle au drapeau blanc, il est mort quelques mois seulement avant le dernier soulèvement vendéen de la duchesse de Berry (voir en fin d'ouvrage).
 
Il reste encore en l'an 2000 à Landeronde un souvenir émouvant des Nicollon des Abbayes, puisque la mairie est située : 2, rue Nicollon des Abbayes - 85150 Landeronde - tel 02 51 34 22 48
1850 habitants : Les Landerondais, 12 km de La Roche-sur-Yon en direction des Sables d'Olonne. Église du XIème siècle richement décorée : coq de clocher multicolor, retable classé, "Poutre de Gloire" et sculptures de bois polychrome, jardin de la Mairie, demeures anciennes.
 
 
De la Vendée par Chateaubriand
 
Extrait des "Mémoires d'Outre-Tombe" sur les Guerres de Vendée où il cite "des Abbayes"  
" L'ancienne constitution de la France fut attaquée par la tyrannie de Louis XI, affaiblie par le goût des arts et les mœurs voluptueuses des Valois, détériorée sous les premiers Bourbons par la réforme religieuse et les guerres civiles, terrassée par le génie de Richelieu, enchaînée par la grandeur de Louis XIV, détruite enfin par la corruption de la régence et de la philosophie du XVIIIe siècle.
La révolution était achevée lorsqu'elle éclata : c'est une erreur de croire qu'elle a renversé la monarchie ; elle n'a fait qu'en disperser les ruines, vérité prouvée par le peu de résistance qu'a rencontré la révolution.
On a tué qui l'on a voulu ; on a commis sans effort les crimes les plus violents ; parce qu'il n'y avait rien d'existant en effet, et qu'on opérait sur une société morte. La vieille France n'a paru vivante dans la révolution qu'à l'Armée de Condé et dans les provinces de l'ouest.
Une poignée de gentilshommes, commandés par le descendant du vainqueur de Rocroy, a terminé dignement l'histoire de la noblesse française, et les paysans vendéens ont montré à l'Europe les anciennes communes de France.
Nous allons rappeler ce que la Vendée a fait pour la monarchie, ce qu'elle a souffert pour cette monarchie, puis nous dirons ce que les ministres du souverain légitime ont fait à leur tour pour la Vendée. Il est bon qu'un pareil tableau soit mis sous les yeux des hommes : il instruira les peuples et les rois.
Ce que la Vendée a fait pour la Monarchie.
La Vendée était restée chrétienne et catholique : en conséquence, l'esprit monarchique vivait dans ce coin de la France.
Dieu semblait avoir conservé cet échantillon de la société afin de nous apprendre combien un peuple à qui la religion a donné des lois est plus fortement constitué qu'un peuple qui s'est fait son propre législateur.
Dès les premiers jours de la révolution, les Vendéens montrèrent une grande répugnance pour les principes de cette révolution.
Après la journée du 10 août 1792, une insurrection éclata à Bressuire, et un premier combat fut livré le 24 août de la même année.
La levée de trois cent mille hommes, ordonnée par la Convention, produisit une insurrection nouvelle.
Un perruquier, nommé Gaston, se met à la tête des insurgés : il est tué en marchant à l'ennemi.
Le Roi meurt, et des vengeurs naissent de son sang.
Jacques Cathelineau, simple voiturier de la commune du Pin-en-Mauges, sort de sa chaumière le 14 mars 1793 : il se trouve que le voiturier est un grand capitaine.
À la tête de deux cents paysans, il attaque un poste républicain, l'emporte et s'empare d'une pièce de six, connue sous le nom du Missionnaire : voilà le premier canon de la Vendée.
Cathelineau arme sa troupe avec des fusils qu'il a conquis, marche à Chemillé, défendu par cinq cents patriotes et deux couleuvrines : même courage, même succès.
La victoire fait des soldats : Stofflet, garde de chasse de M. de Colbert rejoint Cathelineau avec deux mille hommes.
Laforêt, jeune paysan du bourg de Chanzeau, lui amène sept cents autres Vendéens.
Les trois chefs se présentent devant Cholet, forcent la ville, mettent en fuite la garnison, s'emparent de plusieurs barils de poudre, de six cents fusils et de quatre pièces de canon, parmi lesquelles se trouvait une pièce de douze que Louis XIII avait donnée au cardinal de Richelieu.
C'est cette pièce devenue si célèbre sous le nom de Marie-Jeanne : les paysans vendéens y semblaient attacher leur destinée.
Dans leur simplicité, ils ne s'apercevaient pas que leur véritable palladium était leur courage.
La prise de Cholet fut le signal du soulèvement de la Vendée. Machecoul tombe, Pornic est surpris.
Bientôt avec les périls et la gloire paraissent Charette, D'Elbée, Bonchamp, La Rochejaquelein, de Marigny, de Lescure et mille autres héros français, semblables à ces derniers Romains qui moururent pour le dieu du Capitole et la liberté de la patrie.
Cathelineau marche sur Villiers ; d'autres chefs, MM. de La Roche-Saint-André, de Lyrot, Savin, Royrand, de La Cathelinière, Couëtus, Pajot, des Abbayes (écrit d'Abbayes), Vrignaux, menacent Nantes, Niort et les Sables, Charette devient généralissime de la Vendée inférieure ; D'Elbée, placé à la tête des forces de la haute Vendée, est secondé par Bonchamp, Soyer, de Fleuriot, Scépeaux, noms qui rappellent les premiers temps de la chevalerie.
Les paysans du Bocage se soulèvent ; le jeune Henri de La Rochejaquelein les conduit. Son premier essai est une victoire ; il bat Quétineau aux Aubiers, et court se réunir à Cathelineau, D'Elbée, Stofflet et Bonchamp.
Le général républicain Ligonier s'avance avec cinq mille hommes ; il est défait auprès de Villiers.
Quatre jours après, nouvelle bataille à Beaupréau Ligonier, obligé de fuir, abandonne son artillerie après avoir perdu trois mille hommes.
Argenton est pris, Bressuire évacué.
Les Vendéens délivrèrent dans cette ville MM. Desessarts, Forestier, Beauvolliers, de Lescure et Donnissan, illustres otages qui passèrent du pied de l'échafaud à la tête d'une armée.
Ils n'acceptèrent qu'une partie du bienfait de la Providence ; la patrie avait demandé leur sang, ils répandirent leur sang pour la patrie.
De Bressuire les Vendéens se dirigent sur Thouars.
Une muraille gothique et une rivière profonde entouraient cette ville.
Il faut s'en ouvrir les avenues par un combat sanglant.
L'assaut est donné : La Rochejaquelein monte sur les épaules de Texier, gravit les murs, et se trouve bientôt seul exposé à tous les coups, comme Renaud sur les remparts de Jérusalem.
Thouars est emporté ; dix mille Républicains, une nombreuse artillerie, des munitions de toutes les sortes demeurent aux mains des vainqueurs ; Thouars fournit encore aux Royalistes des officiers qui devinrent célèbres.
Il faut citer ces braves, dont les noms sont aujourd'hui l'unique patrimoine de leurs familles : ce furent MM. Dupérat, d'Herbaud, Maignau, Renou, Beauvolliers l'aîné, Marsonnière, Sanglier, Mondion, Laugerie, Orre-Digueur, de Beaugé et de Laville-Regny, avec son fils âgé de douze ans, que l'on voyait combattre auprès de lui.
Alors on forma sept divisions du pays dont on avait chassé l'ennemi, et l'on en confia la garde à un égal nombre de corps vendéens.
La terreur s'était emparée des patriotes ; Nantes s'écriait : Frères et amis, à notre secours, le département est en feu ! ignoble jargon qui se mêlait dans la Vendée à la langue de la chevalerie.
Cependant une armée vendéenne est battue près de Fontenay : D'Elbée est blessé, et l'artillerie prise, avec la fameuse Marie-Jeanne.
Quinze mille paysans désespérés reparaissent sous les murs de Fontenay, que défendaient douze mille hommes d'infanterie et trente-sept pièces de canon.
Chaque Vendéen n'avait que six coups à tirer : des paysans bretons de la division du Loroux, armés de bâtons ferrés, se jettent sur les batteries de canon, assomment les canonniers et s'emparent des pièces.
Les Vendéens d'abord tombés à genoux, se relèvent et se précipitent sur les Républicains dont ils font cesser le feu.
L'armée ennemie est culbutée, Fontenay emporté, Marie-Jeanne reprise.
Quarante pièces de canon, quatre mille prisonniers, sept mille fusils, restent en témoignage de la victoire et la Convention, effrayée, songe à faire partir pour combattre les vertus vendéennes jusqu'aux grenadiers qui gardaient ses forfaits et ses échafauds.
Une proclamation rédigée à Fontenay par M. Desessarts annonça à l'Europe le succès des hommes fidèles et leur ferme volonté de rétablir la monarchie.
Ils invitaient à rejoindre le drapeau blanc, mais la terreur dans l'intérieur, la gloire aux frontières, enchaînaient tous les Français : le Roi n'avait alors pour lui que la justice de sa cause et la Vendée.
Quand les divisions militaires de la haute Vendée se trouvèrent réunies, elles formèrent une armée de quarante mille fantassins et de onze cents cavaliers.
Vingt-quatre pièces de canon avec leurs caissons accompagnaient les corps qui prirent et conservèrent le nom de la Grande Armée.
Y eut-il jamais rien de plus prodigieux dans l'histoire que cette armée où l'on ne comptait pas un fusil qui ne fût une conquête, pas un canon qui n'eût été enlevé avec une fourche ou bâton.
Thirion nous écrit, disait Barrère à la Convention, que "toutes les fois que les rebelles ont manqué de munitions il s'est trouvé à point nommé une déroute des nôtres".
C'est ainsi que ceux qui avaient condamné Louis XVI à l'échafaud appelaient les Vendéens des rebelles.
Cependant la Convention avait rassemblé à Saumur une armée de quarante mille hommes d'infanterie et de huit mille hommes de cavalerie : quatre-vingts pièces d'artillerie et deux régiments de cuirassier rendaient cette armée formidable.
La Grande Armée vendéenne marche sans s'effrayer à ces nouveaux ennemis ; elle les pousse à Doué, à Montreuil, et les accule dans Saumur.
Les bataillons formés à Orléans, seize bataillons venus de Paris, deux régiments de cuirassiers, composaient la garnison de cette ville.
Trente pièces de canon bordaient son château et ses redoutes nouvellement élevées, que le Thoué et la Loire baignaient de leurs eaux.
Rien n'arrête les Vendéens ; tous s'écrient : En avant, en avant ! Les Bretons enlèvent les canons ; les Républicains reculent jusqu'au pont Fouchard : M. de Lescure les suit l'épée au poing ; il est blessé.
Les cuirassiers chargent les Vendéens, qu'étonne cette espèce de cavalerie invulnérable.
Un brave soldat, nommé Dommaingué, crie aux paysans, comme César criait à ses légions à Pharsale : Frappez au visage ! Il abat un cuirassier d'un coup de carabine à la tête, et il est emporté lui-même d'un boulet de canon.
Les cuirassiers se replient, reviennent à la défense du pont Fouchard, que couvrait de son feu l'artillerie vendéenne, commandée par M. de Marigny.
Le combat se maintient de ce côté ; mais Cathelineau et La Rochejaquelein avaient tourné les redoutes et marchaient sur la ville, laissant derrière eux les fortifications et les avant-postes. Les troupes placées à la garde des faubourgs fuient devant La Rochejaquelein, qui entre dans Saumur accompagné seulement de M. de Beaugé.
Il arrive au grand galop sur une place où huit cents Républicains étaient rangés en bataille. Il était trop tard pour reculer : l'héroïsme vient au secours de l'imprudence.
Rendez-vous, dit La Rochejaquelein aux ennemis, ou vous êtes morts ! Ceux-ci croient la ville emportée, et mettent bas les armes.
Quelques moments s'écoulent : personne ne paraît.
Les Républicains reviennent de leur erreur, reprennent leurs armes, tirent sur les deux Vendéens, Beaugé est blessé ; La Rochejaquelein le soutient sur son cheval et tue d'un coup de pistolet un soldat qui le couchait en joue.
Dans cet instant Desessarts accourt, suivi de quinze cents cavaliers : la ville est prise.
Les redoutes tombent ; le château capitule.
De toutes parts on ramène des troupeaux de Républicains prisonniers ; on les renvoie après leur avoir fait jurer qu'ils ne porteront plus les armes contre le Roi ; on leur coupe les cheveux pour les reconnaître, en cas qu'ils violent leur parole.
Les cheveux repoussèrent, et avec eux l'infidélité : les Vendéens, à qui l'on ne faisait point de quartier, furent bientôt massacrés par ceux qui leur devaient la liberté et la vie.
La renommée des Vendéens se répandit en Europe. Ils trouvèrent à Saumur quatre-vingts pièces de canon, vingt mille fusils, cinquante milliers de tonneaux de poudre, des vivres en abondance, des magasins de toutes sortes. Ils procédèrent à l'élection d'un généralissime.
Le choix de MM. de Lescure, de Donnissan, La Rochejaquelein, et des autres gentilshommes, tomba sur le voiturier Cathelineau, dont la gloire avait fourni les titres.
Les paysans, charmés, s'attachèrent davantage à une noblesse si généreuse et si brave.
On proposa dans le conseil premièrement de marcher sur Tours, secondement de s'emparer des Sables et de La Rochelle, troisièmement d'attaquer Angers et de rentrer dans la Vendée par le pont de Cé.
Le premier avis était celui de La Rochejaquelein, et c'était peut-être le meilleur par son audace ; le second était celui de Lescure, et c'était le plus sage ; le troisième était celui de Cathelineau, et il prévalut.
M. D'Elbée, à peine guéri de sa blessure, vint rejoindre les Vendéens à Saumur.
On vit aussi arriver MM. Charles d'Autichamp, de Piron, de Boispréau, Duchénier, Magnan, de La Bigotière.
Les vainqueurs se mettent en marche pour suivre le plan du généralissime.
Angers ouvre ses portes. Le prince de Talmont se présente : il est sur-le-champ nommé général de la cavalerie royaliste.
Charette venait de reprendre Machecoul dans la Vendée inférieure : Cathelineau lui propose de s'emparer de Nantes et de soulever la Bretagne.
L'attaque des deux armées vendéennes par l'un et l'autre côté de Nantes devait être simultanée ; mais Charette arrive trop tôt, ou Cathelineau paraît trop tard.
Charette soutient seul la lutte pendant dix heures : il se retirait lorsque le canon de la Grande Armée se fait entendre. L'action recommence de toutes parts : on pénètre dans la ville, on se bat de rue en rue, de maison en maison.
La place va capituler ; mais Cathelineau reçoit un coup mortel : les paysans s'arrêtent. Il ne restait plus qu'un léger effort à faire ; il ne fut pas fait : Nantes demeure au pouvoir des Républicains.
Cinq millions de Français devaient périr, l'Europe devait être ébranlée jusque dans ses fondements, avant que le fils de saint Louis remontât sur le trône de ses pères.
Tout avait été prévu pour la prise de Nantes dans les arrangements de la sagesse humaine, fors les desseins de Dieu.
Cette grande entreprise manquée, les Vendéens ne sont point découragés ; ils se rallient, battent les Républicains à Châtillon, et trouvent à Coron un nouveau triomphe.
D'Elbée est nommé généralissime en remplacement de Cathelineau ; mais Charette refuse de le reconnaître : une fatale division commençait à s'établir entre les chefs.
D'Elbée remporte à Chantonnay une victoire éclatante.
Cette victoire attire sur la Vendée une nouvelle masse d'ennemis qui, selon les rapports du Comité de Salut Public, se composait de quatre cent mille hommes.
On y joignit la garnison de Mayence.
Les forces de la Vendée doublent en raison des périls.
Lescure, avec cinq mille huit cents hommes, disperse à Thouars trente-deux mille réquisitionnaires.
La Convention ordonne la destruction entière de la Vendée ; alors commence le système des incendies qu'exécutaient des colonnes justement appelées infernales.
Les villes sont embrasées ; les chaumières, les moissons et les bois réduits en cendres.
L'armée de la haute Vendée vole au secours de Charette, qui battu cinq fois se relevait toujours.
M. D'Elbée rejoint l'habile général. " Où est l'ennemi ? " lui dit-il. " Il suit mes pas, répond Charette ; voyez ces tourbillons de fumée ! " L'armée patriote et l'armée vendéenne se rencontrent auprès de Torfou.
La première était en partie composée des Mayençois, qui voyaient pour la première fois les paysans de la haute Vendée.
Ceux-ci, à leur tour, n'avaient presque jamais combattu d'aussi belles troupes et aussi bien disciplinées.
Il y eut de part et d'autre un mouvement de surprise et d'admiration. Le signal est donné, le combat s'engage.
Les deux armées, au milieu des incendies, étaient renfermées dans un cercle de flammes qui embrasaient l'horizon : c'était comme une bataille aux enfers.
L'impétuosité des paysans royalistes l'emporte sur la valeur disciplinée : les Mayençois, contraints de céder le terrain, se retirent en bon ordre.
Ils sont défaits de nouveau à Montreuil.
On eût poursuivi la victoire si Charette n'eût voulu secourir la basse Vendée, que dévastaient des colonnes incendiaires.
Il entraîne D'Elbée avec lui.
Les deux armées, après avoir vaincu les Républicains à Saint-Fulgent, revinrent pour attaquer les Mayençois, qui se retirèrent sous les murs de Nantes.
La Convention, consternée, pour prolonger son horrible existence veut épuiser tout le sang français ; six armées attaquent la haute Vendée.
La plupart des chefs royalistes étaient blessés, et pouvaient à peine se tenir à cheval. Nouvelle rencontre à Châtillon, nouvelle défaite des Républicains.
La convention fulmine des décrets exterminateurs.
Une bataille terrible s'engage à La Tremblaye ; elle allait augmenter la gloire des Royalistes fidèles lorsque Lescure est blessé à mort.
On se retire : les Républicains entrent dans Cholet.
Le Comité de Salut Public annonce à la Convention que la guerre est terminée, et dans ce moment même les paysans vendéens juraient de s'ensevelir sous les ruines de leur patrie.
Les chefs approuvent et embrassent eux-mêmes cette généreuse résolution : c'est un bon parti, quand on aime la gloire, que de s'attacher au malheur.
On tient conseil à Beaupréau : les uns veulent marcher à Cholet et étouffer les vainqueurs au milieu de leur triomphe ; les autres prétendent qu'il faut se rabattre sur la Vendée inférieure, et s'appuyer à l'armée de Charette ; d'autres demandent qu'on passe la Loire, et que l'on change le théâtre de la guerre : l'opinion la plus héroïque, celle de La Rochejaquelein, l'emporte, et l'on se détermine à marcher droit à l'ennemi.
La France et l'Europe virent avec le plus profond étonnement ces paysans magnanimes, qu'on croyait anéantis, venir attaquer une armée régulière animée par des succès, justement fière de sa valeur.
Le combat dura dix heures. On se battit à la baïonnette.
Les faubourgs de Cholet furent enlevés, abandonnés, enlevés de nouveau : tantôt le drapeau blanc rétrogradait devant le drapeau tricolore, et tantôt le drapeau tricolore reculait devant le drapeau blanc.
Alors étaient aux prises ces terribles Français dont les bataillons voyaient fuir les armées européennes.
Enfin, repoussés, les paysans sont poursuivis par la cavalerie républicaine. Les officiers vendéens se forment en escadron : D'Elbée, Bonchamp, La Rochejaquelein, Allard, Dupérat, Desessarts, Beaugé, Beaurepaire, de Royrand, Duchaffaut, Renou, Forêt, Legeai, Loiseau, et cent cinquante braves couvrent les héroïques villageois, et arrêtent l'armée ennemie.
Kléber fond sur l'escadron royaliste, à la tête de dix bataillons de troupes régulières.
D'Elbée et Bonchamp tombent percés de coups ; trente de leurs compagnons sont abattus à leurs côtés.
Monté sur un cheval blessé qui jetait le sang par les naseaux, La Rochejaquelein, blessé lui-même, ses habits criblés de balles et tailladés de coups de sabre, demeure seul chargé de la retraite.
Dans ce moment, de Piron lui amène deux mille hommes : le combat renaît, se prolonge dans la nuit, laisse aux Vendéens le temps d'emporter leurs blessés et de se retirer à Beaupréau.
L'indomptable La Rochejaquelein voulait recommencer le combat et revenir à Cholet : on ne suivit point cet avis de l'héroïsme ou du désespoir.
On se replia sur Saint-Fulgent, où Bonchamp rendit le dernier soupir.
D'Elbée et Lescure vivaient encore ; mais ils étaient blessés mortellement : le premier fut porté à l'île de Noirmoutier, le second resta avec l'armée.
Cependant cette armée de la haute Vendée, jadis si brillante, maintenant si malheureuse, se trouvait resserrée entre la Loire et six armées républicaines qui la poursuivaient.
Pour la première fois, une sorte de terreur s'empara des paysans ; ils apercevaient les flammes qui embrasaient leurs chaumières et qui s'approchaient peu à peu ; ils entendaient les cris des femmes, des vieillards et des enfants ; ils ne virent de salut que dans le passage du fleuve.
En vain les officiers voulurent les retenir ; en vain La Rochejaquelein versa des pleurs de rage : il fallut suivre une impulsion que rien ne pouvait arrêter.
Vingt mauvais bateaux servirent à transporter sur l'autre rive de la Loire la fortune de la monarchie.
On fit alors le dénombrement de l'armée : elle se trouva réduite à trente mille soldats ; elle avait encore vingt-quatre pièces de canon, mais elle commençait à manquer de munitions et de cartouches.
La Rochejaquelein fut élu généralissime ; il avait à peine vingt-un ans : il y a des moments dans l'histoire des hommes où la puissance appartient au génie. Lorsque le plan de campagne eut été arrêté dans le conseil, que l'on se fut décidé à se porter sur Rennes, l'armée leva ses tentes.
L'avant-garde était composée de douze mille fantassins soutenus de douze pièces de canon ; les meilleurs soldats et presque toute la cavalerie formaient l'arrière-garde.
Entre ces deux corps cheminait un troupeau de femmes, d'enfants, de vieillards, qui s'élevait à plus de cinquante mille.
L'ancien généralissime, le vénérable Lescure, était porté mourant au milieu de cette foule en larmes qu'il éclairait encore de ses conseils et consolait par sa pieuse résignation.
La Rochejaquelein, qui comptait moins d'années et plus de combats qu'Alexandre, paraissait à la tête de l'armée, monté sur un cheval que les paysans avaient surnommé le daim, à cause de sa vitesse.
Un drapeau blanc en lambeaux guidait les tribus de saint Louis, comme jadis l'arche sainte conduisait dans le désert le peuple fidèle.
Ainsi, tandis que la Vendée brûlait derrière eux, s'avançaient avec leurs familles et leurs autels ces généreux Français sans patrie au milieu de leur patrie : ils appelaient leur Roi, et n'étaient entendus que de leur Dieu."
(Fin de l'extrait des Mémoires d'Outre-Tombe)
 
 
 
Bilan du soulèvement de 1815
 
Le retour en France de Napoléon avait entraîné un sursaut de résistance en Vendée.
Le neveu de Charette et surtout les frères d'Henri de la Rochejaquelein, Louis et Auguste, avaient pris la tête du soulèvement contre l'Empereur en 1815. Si l'aide anglaise est évidemment acquise, l'enthousiasme populaire est limité, et surtout, le commandement manque cruellement de cohésion. D'hésitations en fausses manœuvres, face à Travot, le vainqueur de Charette, les Vendéens connaissent une série de revers qui vouent rapidement leur guerre à l'échec. La Vendée de 1815 doit capituler au moment où Napoléon est battu par les Alliés à Waterloo.
Malgré son échec militaire, la médiocre tentative vendéenne n'est pas tout à fait négligeable. Elle a en effet contribué à fixer dans l'Ouest des divisions armées qui auraient été utiles à Waterloo où un renfort de troupes aurait peut-être modifié le cours de l'histoire.
 
Louis XVIII commande pour le château de Saint-Cloud les portraits des principaux chefs de la Vendée et de la chouannerie, il marque ainsi son intérêt pour la Vendée, mais cette reconnaissance posthume reste symbolique. Les manifestations qui rappellent les guerres de Vendée doivent se dérouler sans incident, dans des espaces privés. Les impératifs politiques d'apaisement du pays s'opposent à la résurgence des souvenirs qui pourraient diviser les habitants.
En 1832 pourtant, une femme enflamme à nouveau la Vendée.
 
 
 
Dernier soulèvement vendéen de la duchesse de Berry
 
En juillet 1830, Charles X ayant été exilé en Angleterre et remplacé par Louis-Philippe d'Orléans, la duchesse de Berry, mère du duc de Bordeaux, l'héritier du trône, pense à soulever le pays pour permettre à son fils de régner.
Elle débarque deux ans plus tard sur la "terre de la fidélité" pour faite renaître de ses cendres la révolte de 1792. L'insurrection éclate.
La duchesse de Berry s'entoure de descendants des chefs vendéens notamment le baron de Charette, avec lequel elle organise l'insurrection en liaison avec les conspirateurs parisiens qui veulent rétablir le Roi légitime.
Pendant plusieurs mois, elle mène une véritable épopée traquée par la police de Louis-Philippe, allant de cache en cache, organisant des réunions secrètes, recevant des émissaires de tout le pays.
Cependant, les paysans se sont peu mobilisés, et les effectifs des rassemblements ne sont pas assez fournis pour ébranler le régime.
En outre, les troupes dépêchées contre le soulèvement ont été formées pour combattre dans le bocage et la surveillance policière est particulièrement efficace, fouillant les châteaux, débusquant les armes et les munitions.
En deux combats, ses troupes sont dispersées, elle-même est contrainte de gagner Nantes à pied sous un déguisement. L'efficacité de la police qui monnaie les trahisons permet de retrouver la duchesse cachée derrière une plaque de cheminée dans un appartement nantais.
L'aventure guerrière est terminée, mais la Vendée demeure.
Le souvenir n'a pas disparu avec les combattants.
Entretenue par les luttes érudites, par les attaques politiques, notamment sous la III° République, la mémoire de la guerre, même en ce début du XXIe siècle, continue d'alimenter les passions.
La Vendée du souvenir, c'est le rappel des noms des Blancs dans les plaques des rues, c'est l'existence d'une tradition orale qui n'a oublié ni les martyrs ni les combattants.
L'oubli est définitif sur les raisons qui ont poussé les paysans à se révolter contre la Révolution, et sur les causes qui ont isolé la Vendée du reste du pays. Seule est restée l'idée d'une région à part, d'une population particulière, nées l'une et l'autre d'une guerre inexpiable.
 
 
 
Inventaire des souvenirs de Pierre
 
Thierry Nicollon des Abbayes possède à ce jour :
L'original des lettres patentes de noblesse
Le titre de chevalier de l’ordre de Saint Louis
La médaille de chevalier de l’ordre de Saint Louis
L’épée remise par la ville de La Roche-sur-Yon,
Magnifique épée à poignée en argent sculpté, sur la lame on peut encore lire cette inscription " à Monsieur Nicollon…. " le reste est effacé par le temps et le travail trop consciencieux des domestiques chargés de la nettoyer.
Les photocopies des lettres publiées dans ce recueil.
 
Denise Nicollon des Abbayes :
Des lettres originales publiées dans ce livre dont je n'ai que les copies jaunies.
 
Jérôme Le Doux
La chevalière de Robert Nicollon des Abbayes aux armes des Nicollon
 
Famille Buet :
La montre offerte par Charette
 
 
 
Chronologie des évènements vécus par Pierre
 
1763 Naissance de Pierre
1780 Pierre est garde du corps dans l’Armée Royale
1781 Mort de la mère de Pierre
1781 Pierre prend le nom de des Abbayes
1784 Pierre entre au service du Roi, à la Compagnie de la Reine
1788 Licenciement de la Compagnie de la Reine
1789 Pierre est à Nantes officier dans la Gendarmerie Rouge
1791 (juin) Affaire de la Proutière
1791 (juillet) La " Mignonne " est arrêtée 
1791 (août) Interrogatoires et maison d’arrêt.
1791 (septembre) Amnistie pour l’affaire de la Proutière
1794 Pierre rejoint le Loyal Emigrant dans la cie Colonelle
1794 Pierre passe à Jersey et forme des cadres officiers
1794 Jean-François père de Pierre meurt à Noirmoutier
1795 (juin) Débarquement de Pierre à Quiberon, puis à l’ile d’Yeu
1796 Débarquement de Pierre seul en Vendée
1799 Pierre chef des divisions des Sables et du Marais
1799 Combat de Sallertaine, Pierre est grièvement blessé
1800 Demande de radiation de la liste des émigrés
1804 Les deux frères obtiennent des certificats d'amnistie
1804 Mariage de Pierre
1814 (17 novembre) Ordre de Saint Louis
1814 (en décembre) Pierre est nommé adjoint au maire de Landeronde
1815 Débarquement de La Rochejaquelein, Pierre escorte les munitions
1815 (21 juillet) Pierre sauve la ville de Bourbon Vendée
1816 (juin) Remise de l’épée
1816 Procès de Travot
1817 (18 juin) Remise les lettres patentes de noblesse
1832 (le 5 février) Mort de Pierre
1922 Disparition de la tombe de Pierre